Les petites reines, de Clémentine Beauvais (2015)

La petite reine, c’est le joli titre de la bicyclette. Mais aussi, désormais, celui de la brillante Clémentine Beauvais. Pourquoi ? Parce que son dernier roman déchire. Drôlissime et percutant, positif sans jamais s’engloutir dans le niais, et superbement emballé dans une couverture ultra-efficace par des gens bien de chez Sarbacane, ce livre est une fine bulle de champagne.

Clémentine Beauvais-la-petite-reine, aussi, sarbacane les petites reines au cinémaparce que sa dernière œuvre a été achetée pour le cinéma. Consécration ! En ces temps d’étonnante consommation littéraire jumelée au box-office, une adaptation cinématographique, c’est un carton de librairie quasi assuré. Alors, hourra, mille fois hourra, pour ce délicieux petit roman inattendu, qui m’a fait rire comme une enfant, et pendant la lecture duquel je me suis sentie tour à tour femme et adolescente, avec un ultime bonheur.

De quoi retourne-t-il ? D’un road-trip survitaminé porté par une narratrice grande gueule qui a l’esprit de l’escalier.

Les petites reines clémentine beauvais sarbacaneMireille (la narratrice), Hakima et Astrid, respectivement élues Boudin de Bronze, Boudin d’Argent et Boudin d’Or du lycée par un sympathique collectif participatif mené par le Malo-tru de service sur Facebook, ont décidé qu’il n’y avait pas de quoi en faire un plat, d’être des boudins. Ou plutôt si, justement, elles vont en faire tout un plat, elles vont assumer leur titre de boudins, DEVENIR les #3BOUDINS et, avec leurs gros mollets, leurs vélos étincelants, leur égo fragile, et la route qui s’étale, libre, devant elles, rallier Bourg-en-Bresse à Paris. Leur but ? S’incruster à l’Élysée. Pourquoi ? Oh, pour plein de raisons plus pourries géniales les unes que les autres.

Les petites reines, j’y suis entrée avec plein d’a priori positifs, ce qui est toujours plutôt risqué, car j’ai la déception facile. Hé bien :

  • j’ai été séduite (on rit dès les premières pages) ;
  • puis, emballée (la plume de Clémentine Beauvais, qui prête à ce narrateur non-fiable, acide et autoritaire, qu’est Mireille, une voix drôle et attendrissante, est un aimant affectif de première qualité) ;
  • et enfin, irrémédiablement et entièrement vendue, âme et bourrelets (les thèmes du harcèlement, du traitement du corps des adolescentes par les médias, et de l’acceptation de soi, sont traités avec beaucoup de finesse).

Le ton est souvent pétillant, pour mieux cacher l’amertume de notre superbe Mireille, qui est vraiment un magnifique personnage, à la fois noble et hypocrite, réconfortante et tyrannique.

Les descriptions sont pleine d’une poésie pétaradante et douce, comme seuls savent la composer les adolescents amoureux (d’une personne, d’une idée, d’un paysage… ou de tout ça à la fois, quand Mireille évoque celui qu’elle appelle « Le Soleil »).

Le rythme est irrésistiblement enlevé : de rencontre en décision improbables, le compte à rebours avant l’arrivée à l’Élysée nous tire bien vite vers l’avant, et nous pédalons nous aussi comme des fous, qu’il pleuve ou qu’il vente, pour être là quand nos trois « boudinettes » se tiendront devant la Présidente et feront… quoi ? La démonstration du siècle de la capacité des social media à ruiner de haut en bas une petite vie qui s’élance, pour se crasher lamentablement dans une humiliation publique nationale ?

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Ou pas …! Parfois on peut se récupérer avec élégance.

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Côté bémol (minuscule ou pas minuscule, je n’arrive pas à décider) : je n’ai pas adhéré à la définition du féminisme, craintive et prudente, esquissée par le biais du personnage de Mireille qui, bien sûr, est le relai du lecteur.* Elle a peur de se coller cette étiquette, et je me demande encore si c’est habile (effectivement, « féminisme », c’est un gros mot qui fait peur, bouh !) ou contreproductif (on en a peur, et à raison, ahhh !).**

C’est un roman intelligent, plein de cœur et bourré d’humour, monté sur ressorts, qui sent bon les plats du terroir et la morgue adolescente. C’est fabuleusement délirant, et à dévorer sans attendre.

Bonne lecture,

Lupiot

Lupiot Allez Vous Faire Lire

 

 

 


* Et puis, bon, accessoirement : Simone de Beauvoir, pour moi, elle a fait son temps, et j’en ai un peu marre de voir le féminisme défini par ses mots, qui me semblent aujourd’hui à côté de la plaque. Mais ça, ça ne regarde que moi.

** Précision : ce n’est pas un livre sur le féminisme. (Parce que je vous connais : ahhh, bouh, vilain mot, ça pique ; vite, javel dans les yeux !) Ce serait extrêmement lourd si c’était le cas.

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