Entretien avec Lucie Kosmala, licorne littéraire chez madmoiZelle

Sur Allez Vous Faire Lire, on parle de bons livres pour enfants et ados-adultes. De temps en temps, aussi, on se pose des questions. Et le plus souvent, on essaie de promouvoir les acteurs à l’origine de ces pépites (les héros qui les pensent, les écrivent, les fabriquent, les vendent). Partager et mettre en valeur ce qui se fait de bien en matière de livres pour la jeunesse ; analyser les travers et les coups de génie de ce monde riche, c’est notre dada. On veut répandre l’amour et la vérité.

ÉTENDRE NOTRE POUVOIR JUSQU'À LA VOIE LACTÉE

ÉTENDRE NOTRE POUVOIR JUSQU’À LA VOIE LACTÉE

Or, pourfendant la bêtise et la médiocrité sur le petit, mignon (mais fier) destrier potelé* de la Littérature jeunesse, je (Lupiot) suis LOIN d’être seule. Il y a même du monde sur ce poney, et parmi ces autres excités du ciboulot, l’une des plus sympas, c’est Lucie Kosmala.

* Retrouvez cette charmante expression dans la vidéo un demi-scroll plus bas.

entretien interview lucie kosmala allez vous faire lire

Lucie rédige des chroniques de Littérature Jeunesse sur MadmoiZelle et contribue ainsi à faire (re)découvrir les livres pour enfants à un public qui ne se serait pas, spontanément, jeté dessus. Et depuis peu, elle s’attèle à la dure tâche de nous convaincre de (re)mettre des albums sur nos étagères, dans des chroniques vidéos super canon et toutes crackinottes de 2 minutes chrono.

Aujourd’hui, elle vient discuter le bout de gras sur Allez Vous Faire Lire. C’est l’occasion très innocente d’évoquer des trucs futés sous couvert de rigolerie. (Ou l’inverse ?)

Lupiot : Lucie, enfin, ce n’est pas très sérieux, pourquoi tu dépenses pas ton intelligence à l’analyse de la vraie littérature ? C’est vrai quoi, qu’est-ce que c’est que cette obsession infantile ?

Lucie Kosmala : M’en parle pas, c’est terrible, je sais pas d’où ça vient. Peut-être que c’est parce que ça se lit vite et qu’il y a des animaux qui parlent.

Plus sérieusement, j’ai un côté mère louve justicière, que ça soit avec les gens ou avec les choses. Je ne supporte pas l’injustice, et je monte vite au créneau pour défendre ceux qui la subissent. Or pour moi, la littérature jeunesse vit une grosse injustice : elle est considérée comme une sous-littérature, est victime d’un beau pétri de préjugés, et les gens qui n’ont pas l’habitude de la fréquenter ont tendance à se fier à ce qu’ils voient dans les supermarchés (insertion horribles couvertures Violetta et cie) sans avoir aucune idée de tous les livres incroyables que l’on fait aujourd’hui.

C’est donc un vrai moteur de me dire que, grâce à madmoiZelle et à son lectorat constitué de formidables curieux (ses) non-initié(e)s et initié(e)s, je pose ma toute petite pierre à l’édifice de la reconnaissance.

L. : Justement, tu es actuellement rédactrice chez MadmoiZelle (où tu parles essentiellement de littérature, et plus particulièrement de litté jeunesse) mais aussi attachée de presse pour les éditions Talents Hauts, qui publient (roulements de tambours) des livres pour enfants. Tu parles, vis, respires la Littérature Jeunesse. D’où te vient cet intérêt ? Es-tu tombée dedans petite pour n’en jamais sortir, y es-tu retournée une fois adulte, as-tu fait un détour par la poterie chinoise, hésites-tu encore à tout lâcher pour partir faire du fromage de chèvre dans les Pyrénées ? En un mot façon RH, quel est ton parcours et quels sont tes projets ?

K. : Quand j’étais petite, j’avais envie de travailler avec les enfants (être auxiliaire puéricultrice ou instit’). Puis en grandissant, je me suis intéressée au journalisme, et j’ai fini par me demander : « Est-ce qu’il n’y a pas moyen de combiner les deux ? ». Au terme de cette réflexion, j’ai résolu de viser la presse jeunesse. Or, ayant un peu peur qu’on me prenne pour la neuneu de service qui veut écrire dans le journal de Mickey parce qu’elle aime bien les dessins animés, après mon bac L, j’ai décidé de faire deux ans de prépa littéraire puis une troisième année de licence de lettres modernes où je savais qu’était proposée une option littérature jeunesse.

Donc concrètement, j’ai découvert la littérature jeunesse à 20 ans, en licence. Et ça a été un coup de foudre absolu : je me rappelle de ma prof, décortiquant un album jeunesse comme je décortiquais des « grands » textes en prépa. J’étais subjuguée. Et j’ai su instantanément que je voulais être dans ce milieu-là, sans trop savoir où comment pourquoi. Je n’avais aucune idée de ce qu’était le monde du livre.

Parce que la vie est bien faite et que j’ai un sacré bol, un master de littérature jeunesse s’ouvrait à Cergy-Pontoise pile au bon moment. Cette formation m’a permis d’accumuler de nombreuses expériences différentes (parmi lesquelles l’animation d’ateliers de lecture avec des enfants, la gestion de stand sur des salons comme celui de Montreuil, la comm’ et la promotion chez Sarbacane). Cette dernière expérience a été pour moi décisive : c’était sûr, je voulais travailler dans la communication, en lien avec les différents professionnels du livre ! C’est ce qui est à mes yeux le plus gratifiant et le plus fun.

Mais après, j’ai ramé pour trouver du travail. Je voulais trouver un moyen d’exister et de suivre toute l’actualité du milieu jeunesse. J’ai envisagé de créer un blog, puis, une nuit de janvier 2015, j’ai eu une espèce de flash, et j’ai envoyé un mail au big boss de madmoiZelle pour proposer de chroniquer de la littérature jeunesse, et les planètes se sont alignées : il a dit oui une demi-heure après. Je suis donc devenue pigiste-bénévole. En parallèle, j’ai commencé à travailler en free-lance comme attachée de presse pour des maisons d’édition, et suis arrivée chez Talents Hauts en fin d’année. Et je travaille donc « officiellement » (comprendre ici que je touche de l’argent) pour MadmoiZelle depuis début 2016, en me chargeant plus généralement des livres.

logo madmoizelle

logo talents hauts

Côté projets, je vis complètement au jour le jour. Une entreprise comme madmoiZelle est un bouillon d’idées marrantes et innovantes ! On vient par exemple de me confier la confection d’une table ronde autour du roman ado qui sera diffusée sur YouTube : c’était une vraie joie, un baptême du feu, et je me dis : pourquoi ne pas en faire ailleurs !

L. : Parlons un peu de ton activité de critique : j’ai vu que tu avais eu un énorme coup de cœur pour la bande-dessinée Le Grand Vide d’Alphonse Tabouret*, une BD confidentielle, crossover, et assez indéfinissable, qui m’a fait craquer aussi**. En tant que chroniqueuse, comment choisis-tu les livres dont tu vas parler ?

K. : Déjà, j’ai eu la chance d’être très bien entourée dès mon entrée dans le milieu de la littérature jeunesse. Je dois énormément à ma collègue de librairie, qui m’a tout de suite montré à quoi ressemblait un livre pour enfant aujourd’hui, dans toute sa diversité graphique et thématique. C’est elle aussi qui m’a dit « Mais si Lucie, lis du roman ado, ça va te plaire » – alors que j’avais à peu près un demi-million de préjugés injustes dessus. jamie-dornan-en-christian-greyElle m’a initiée, elle a un peu été mon Christian Grey de la litté jeunesse (oui je viens parfaitement de faire cette comparaison douteuse) Pour la BD, j’ai un précieux ami libraire qui m’a aussi mis pas mal de livres dans les bras, dont cet extraordinaire Alphonse !

trop grand vide d'alphonse tabouret sybilline d'aviau

Donc mes choix découlent de toute cette expérience et du regard critique que j’ai construit au fil du temps. D’un point de vue général,  je parle de ce dont j’ai envie de parler. Après, ce qui peut favoriser un livre par rapport à un autre, ça va être sa thématique (les lectrices sont par exemple très demandeuses de références sur les questions de genre), ou s’il a un petit quelque chose qui me fait penser que ça va étonner.

J’essaye aussi au mieux de varier, de proposer des choses différentes pour tous les goûts, ni trop convenues, ni trop pointues (pour le simple fait que j’ai moi-même du mal à adhérer à ce qui est trop pointu).

* La longue et magnifique chronique de Lucie sur Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret.
** Ma (trop) courte chronique énamourée sur Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret.

L. : Parle-nous d’un truc qui te met des paillettes dans les yeux. (Par exemple, en littérature, si on me dit « frères ennemis », je dis « owi ». En albums, si on me dit « bichromie » je dis « owiii ». On a tous nos petites lubies.)

K. : J’aime beaucoup trop l’humour absurde et décalé, tout ce qui est fait à base de blagues crétines, d’associations improbables, de trucs qui parlent alors que jamais de la vie on aurait imaginé qu’ils soient personnifiés. J’ai également un sérieux problème avec tout ce qui est animaux mignons : tu me mets un bébé renard dans un livre et je couine pendant deux semaines. J’aime bien aussi ce qui est un peu subversif et piquant : j’adore quand un album ou un roman me provoque en réussissant à ne pas être vulgaire.

Après je vais avoir envie de danser une rumba à l’annonce d’un nouveau livre d’un auteur que j’adore.

Une petite découpe laser d’Antoine Guilloppé ?

ma jungle antoine guillope

Un album de David Sala ?

 

Celebrate good times come on !

oh yeah celebrate

L. : Une chose qui a l’air de t’enquiquiner un brin, c’est l’élitisme qui intoxique le débat littéraire et gêne l’accès aux lettres de manière générale. Tu en parlais dans Le snobisme littéraire, une plaie qu’il est possible d’éviter*. Mais tu en parlais aussi à propos de la réforme de l’orthographe. Quand la toile poussait des cris d’orfraie et taggait #JeSuisCirconflexe, dans ton recoin d’internet, tu disais Pourquoi la réforme de l’orthographe et une bonne chose pour la langue française**. Tu milites pour une langue et une littérature accessibles à tous. Une sous-culture, quoi ! Tu es le diable.

K. : Appelle-moi Lucifer !

Je crois que cette conviction vient du fait que j’ai moi-même fait des études littéraires très élitistes, dans lesquelles on humilie assez facilement celui ou celle qui n’a pas le “bon” bagage littéraire et qui ose lire des choses qui n’ont pas encore fait l’objet de 23 thèses. Non seulement j’ai subi ce snobisme, mais j’ai moi-même été très snob, alors que quand j’y repense, je prenais très peu souvent du plaisir à lire les livres imposés (quand je les lisais…).

Puis j’ai découvert la littérature jeunesse et c’est plus particulièrement littérature ado qui m’a fait l’effet d’une bonne claque d’humilité dans la face : j’adorais en lire, et elle avait zéro légitimité aux yeux de la critique universitaire littéraire (hors cursus spécialisés, bien entendu). Mes repères de snobinarde étaient renversés. Pourtant, paradoxalement, j’ai aussi découvert que ça pouvait franchement se la raconter dans le milieu du livre pour enfants, et là ça a commencé à sérieusement me gonfler : c’est un milieu dans lequel on ne sauve pas des vies au quotidien, on prescrit des livres qui s’appellent Kiki fait caca, alors est-ce qu’on pourrait arrêter de se prendre pour les Mariah Carey de la littérature jeunesse ?

mariah carey diva pétasse

Effectivement, depuis, je milite non seulement pour la légitimation de la littérature jeunesse (la plus grande fierté de ma vie est l’article Pourquoi lire de la littérature jeunesse quand on est adulte) mais aussi pour le droit de lire ce qu’on veut, pour le droit d’avoir du plaisir à lire des livres qui ne sont pas entourés de tout le prestige du monde et pour le droit d’avoir un mot à dire sur une lecture sans se faire rabaisser.

Cela ne signifie pas que j’entre dans le débat bien trop complexe et irrésolu des critères qui font la « bonne littéraire », ou qu’il ne faut pas être exigeant(e) avec ses lectures, bien au contraire. Pour moi il faut simplement arrêter de juger quelqu’un  parce qu’il ne partage pas les mêmes goûts que soi-même quand il bouquine sur la plage ou dans le RER.

snob

Concernant l’article sur l’orthographe que tu cites, j’ai tendance à penser que les gens réagissent au quart de tour pour le moindre changement qui va à l’encontre de leurs habitudes. Ils sont à peine informés qu’ils hurlent déjà « oh la la mais ognon c’est trop laid ». J’aime bien à travers mes articles prendre le temps d’analyser et de nuancer les situations, d’apporter des éléments de réflexion, d’essayer d’aller un peu plus loin et de voir ce qu’on peut retirer de positif des choses. J’essaye d’exploiter intelligemment mon léger esprit de contradiction ! C’est un bonheur total de voir que les gens se réapproprient les articles pour entrer dans des discussions. C’est très gratifiant de se dire qu’on réussit à planter une petite graine dans les cerveaux qui va susciter réactions et réflexions, et de constater que les personnes, qu’importe leur parcours, leur profession, leur sexe, leurs origines, se sentent légitimes pour prendre la parole et partager leur avis. Le lectorat de madmoiZelle est du caviar pour ça !

* Pendant que sur la même thématique, je publiais Je ne lis plus et ça me désole, ou la cata culturelle du snobisme internalisé où l’on essaie de se défaire de tout cet élitisme intériorisé avec un bon coup de nettoyant Bien-Être et du spay Self-Estime fait maison.

** Et ici j’écrivais La nouvelle orthographe : pourquoi je ne crie pas au meurtre. Pas pour rien que je l’interviouve, Lucie. Je me retrouve beaucoup dans ses articles.

la-princesse-et-le-poney-kate beatonL. : Dans ta vidéo sur l’album de Kate Beaton, tu sembles ravie que les petites princesses montent elles aussi de fiers destriers, et que les gros durs de vikings crient leur amour pour les jolis pulls en tricot. En quoi est-ce important/intéressant pour toi d’interroger la représentation des filles et des garçons dans les livres pour enfants ?

K. : C’est essentiel d’aborder ces thématiques parce que ce qui nous paraît comme des évidences n’en sont pas pour tout le monde, et j’entends ici pour les adultes comme pour les enfants. Les clichés de genre peuvent être la cause de réactions très violentes (entre les enfants notamment, qui peuvent s’humilier salement entre eux) et causer le mal-être de gamins qui se sentent obligés très jeunes d’obéir à des représentations absurdes dictées par les adultes (qui en ont plus ou moins conscience, c’est là aussi que ça se joue) et de perpétrer eux-mêmes ces stéréotypes. D’ailleurs, je trouve ça particulièrement important pour les garçons : autant on aura peu de problème à lire un livre à une fille pour lui dire d’être courageuse et aventurière, autant on aura beaucoup plus de réserves à dire à un garçon qu’il a le droit de pleurer et de jouer à la poupée.

(Ci-dessus, quelques albums qui s’attaquent au problème de façon fun,
chez La ville brûle et Talents Hauts
)

Aborder ces questions à travers ce formidable outil de médiation qu’est le livre pour enfants permet, par exemple, à la tata cool d’offrir un bouquin à son neveu pour qu’il comprenne qu’il a complètement le droit d’avoir envie de pleurer, même quand ses parents un peu trop fermés lui rabâchent que « les garçons ça ne pleure pas ». Le livre est un moyen d’éveiller l’esprit critique de l’enfant, il ne faut pas se priver de lui glisser quelques astuces sur la vie le plus tôt possible. Ça permettra aussi à l’enseignante de faire réfléchir ses élèves, ou aux parents dont l’enfant se fait harceler à l’école de lui montrer à travers le prisme d’une histoire qu’il a le droit d’être comme il est.

Je nuancerais quand même en disant qu’il faut faire attention à ne pas sombrer dans le travers inverse et diaboliser le moindre truc qui pourrait passer pour un stéréotype.

L. : Oh mon Dieu. Merci. Sur certains réseaux (pour ne pas le nommer : Tumblr), c’est une nuance qui leur passe des kilomètres au-dessus de la tête ; ils montent TOUT LE TEMPS au créneau et c’est épuisant.

K. : Ce qui importe, c’est la variété des représentations, donc ce n’est pas pour autant qu’il faut s’empêcher d’avoir un personnage de petite fille qui aime le rose ou d’une maman qui met des talons si c’est pertinent pour le livre et qu’il n’est pas un gros torchon sale qui surfe commercialement sur les concepts sexistes. Il faut simplement insister sur le fait qu’il n’y a pas QUE ça dans la vie et que ça n’est pas une obligation sociale. Il faut faire confiance à l’intelligence des enfants, tout en favorisant le déclic.

you is kind you is important

* Sur cette question des genres, l’ami Tom de La Voix du Livre développe des axes de réflexion très intéressants dans son article Les problèmes des stéréotypes de genre dans les albums pour la jeunesse. Allez donc voir !

L. : Qu’est-ce qui manque, en litté jeunesse ?

K : On manque clairement de diversité. C’est dur de trouver des livres avec des parents homosexuels ou un personnage afro-américain sans que l’histoire prenne de gros sabots pour montrer que « oh hé dis donc regardez comme ça change de d’habitude ».

Dans un autre style, j’en ai marre des ours et des tigres dans les albums pour enfants, alors qu’il y a des pandas roux et des ratons laveurs qui seraient beaucoup plus cool et mignons.

(Un ours mignon, c’est charmant… une armée d’ours mignons, c’est flippant.)

L. : Sur Les mondes de Clem est paru un entretien transversal sur ce qui différencie la littérature jeunesse et la littérature adulte dite « générale ». Plein d’idées intéressantes ont été évoquées*. Qu’en penses-tu, de ton côté ?

K. : À mon sens, on fait cette distinction pour des raisons très commerciales : pour orienter le public jeunesse vers ce qui correspond a priori à ses centres d’intérêt immédiats. Il y a sans doute une récurrence de thèmes, d’actions, de personnages que l’on retrouve moins dans la littérature générale. Les personnages en littérature ado sont censés connaître les mêmes interrogations que l’ado lecteur lui-même, qui doit pouvoir s’y identifier. Ce qui me dérange ici, c’est que c’est le fameux mythe selon lequel un adulte ne se retrouve pas dans le personnage de l’adolescent : en effet, cette position induit que l’adulte ne pourrait pas apprécier une lecture jeunesse sous prétexte qu’il n’y a pas ce procédé d’identification, or ce n’est pas le cas. C’est une simple question de goûts : la littérature jeunesse, comme générale, est tellement vaste que n’importe quel lecteur est en mesure de trouver une œuvre qu’il va apprécier. Surtout, on ne trouve pas que des personnages adolescents. Par exemple, un livre comme Le dernier songe de Lord Scriven d’Eric Senabre, où les personnages sont adultes, je me demande sincèrement ce qui fait qu’il est en jeunesse. Mais je trouve ça très bien, ça permet de faire des passerelles.

(Deux excellents romans jeunesse parus récemment ayant des adultes pour protagonistes. (Parmi une myriade de romans dans ce cas, hein.))

C’est d’ailleurs pour cette difficulté à réellement fixer les frontières que, quand je fais une revue de romans, je ne précise plus si c’est jeunesse ou pas, afin que les gens jugent sur les thèmes abordés s’ils vont aimer ou pas, et non sur la catégorie d’âge visée par l’éditeur.

* Cat Clarke parlait de point de vue différent et aussi de rythme différent. Cathy Ytak et Florence Hinckel soulignaient la singularité de la production pour les moins de 12 ans et la démarcation assez arbitraire entre « l’ado » et « l’adulte » et trouvaient des personnages différents ; Clémentine Beauvais évoquait la notion d’absolu dans narrations pour la jeunesse, de grandes questions et grands enjeux ; Tibo Bérard voyait une différence dans la gradation des ressorts qualitatifs du livre : la focale faite sur les enjeux et l’histoire et non sur le style littéraire et les thématiques.

L. : Il y a des livres mémorables qui contribuent à construire notre personnalité, unique, bizarre et colorée, particulièrement parmi ceux que l’on a lus jeunes. Quels sont les grands livres de ton enfance et adolescence ?

K. : Maintenant que tu me poses la question, je réalise que, dans mon enfance, je lisais essentiellement des contes édités par les éditions Atlas, dans une collection présentée par Carlo ! C’était des cassettes avec des dessins animés et il y avait un livret fourni avec l’histoire. Je ne sais pas quelle conclusion sur ma personnalité tu peux tirer de cette information. (J’ai retrouvé la vidéo de présentation, alerte années 90)

Un livre que je rattache beaucoup à mon enfance aussi, c’est Martine Petite maman. Voilà de quoi donner de l’espoir : les lectures sexistes ne font pas irrémédiablement des adultes sexistes.

Après on part sur quelque chose d’incroyablement original, mais la lecture qui m’a le plus marquée, c’est le premier tome d’Harry Potter, que j’ai lu quand j’étais hospitalisée donc dans un cadre vraiment très particulier. J’ai un lien très affectif à lui.

Ensuite je dévorais les Jacqueline Wilson, donc on ne peut pas dire que j’étais dans des lectures très fun. Je garde aussi un très vif souvenir du dernier tome de la série Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh, Geneviève : ça parlait de trucs de grands, j’aimais bien. Je pense pouvoir affirmer que c’est le seul livre que j’ai relu dans ma vie. Et sinon, dans le genre livre révélation d’une vie, j’ai compris ce qu’était l’humour absurde en lisant ado La cantatrice chauve de Ionesco. C’était la première fois que je pleurais de rire en lisant.

 

L. : Et quels sont les livres que tu offres tout le temps ? (Tous genres confondus)

K. : Il n’y en a pas, quand j’offre des livres je cherche plutôt à m’adapter à la personne ou l’enfant. Enfin je dois avouer que je fais un sacré lobby avec Les petites reines de Clémentine Beauvais.

L : T’es pas la seule. *Air même pas coupable*

Les petites reines clémentine beauvais sarbacane

L. : Si tu devais résumer en un gif ton activité de rédactrice pour MadmoiZelle ?

K. : happy eating chicken

Lupiot : j’avais prévu un paragraphe de conclusion mais je ne vois pas comment je pourrais renchérir là-dessus. Je vous laisse sur cette allégorique invitation à manger des cuisses de poulet de la littérature jeunesse.

À bientôt,

Lupiot

Lupiot

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4 réflexions sur “Entretien avec Lucie Kosmala, licorne littéraire chez madmoiZelle

  1. Ah trop chouette ! Et le parcours me parle tellement (pour avoir fait prépa lettres, snobé à mon tour et finit par lire Ewilan pendant les cours en philo en fin de compte…)
    J’irai me pencher sur ces articles à l’occasion mais ça fait plaisir de savoir que ce genre de personne existe ! (bref, en fait j’ai rien à dire, j’aime j’aime j’aime !)

    Aimé par 2 people

    • Ouiiii. Je suis passée aussi par ce genre de snobisme, et je crois qu’aujourd’hui encore je suis vraiment une sale snob mais à d’autres égards (il m’en faut vraiment beaucoup pour que je trouve ça bien, et plus ça va pire je deviens).

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