Jean-Claude Mourlevat le merveilleux

Je viens de finir de lire La rivière à l’envers, et plutôt que jean-claude mourlevatd’en faire la critique comme à mon habitude, je me dis que c’est l’occasion de chanter les louanges de Jean-Claude Mourlevat, son auteur, et de faire découvrir à ceux qui ne le connaissent pas son univers fantastique à la Miyazaki.

—Mais de quoi elle parle ? Du merveilleux. De ce type de merveilleux, toujours à la frontière entre l’adorable Totoro et l’inquiétant Voyage de Chihiro ; du merveilleux de Jean-Claude Mourlevat. Épris de liberté et nourri des contes de notre enfance, cet auteur aime nous emmener là où les choses ont du sens précisément parce qu’elles sont magiques.

gif mignon totoro

Sa plume s’adresse le plus souvent aux 9-12 ans (quoi qu’en disent les quatrième de couverture ; les « à partir de 11 ans » me faisaient déjà rire quand j’en avais 8, donc bon) et, occasionnellement, et avec, peut-être, encore plus de panache, aux ados. Petit focus sur mes romans préférés pour chacun de ces deux publics :

  • La rivière à l’envers (Pocket Jeunesse 2000-2002) 

mourlevat la riviere a l'envers tomekTomek est un petit épicier dans un village tranquille où chacun salue son voisin ; il est le pourvoyeur de toutes les petites choses du quotidien, des plus communes aux plus improbables. Qu’on lui demande n’importe quoi, il ouvrira un tiroir, et le sortira. Seulement voilà :

« Un beau jour, Tomek se retrouva avec cette pensée qui avait poussé à l’intérieur de sa tête au lieu de pousser dessus, et qu’on pouvait résumer ainsi : il s’ennuyait. Mieux que cela, il s’ennuyait… beaucoup. Il avait envie de partir, de voir le monde. »

Bon goût du destin, c’est au moment où Tomek découvre qu’il s’ennuie qu’une jeune fille apparaît dans sa boutique pour lui demander de l’eau de la rivière Qjar. « De quoi ? » De l’eau de la rivière Qjar. Celle qui coule à l’envers. Celle qui, lorsqu’on la boit, empêche de mourir. Tomek est désolé, mais non, il n’en a pas. Ce n’est pas grave, la fille lui achète un sucre d’orge. Et s’en va.mourlevat la riviere a l'envers hannah

Alors, il part à sa suite. Espérant la retrouver sur le chemin, Tomek s’en va en quête de l’eau de la rivière Qjar. Son voyage durera un an, et sera ponctué des rencontres les plus étonnantes. Il traversera la Forêt de l’Oubli, tombera endormi dans la grande Prairie, sera réveillé par les mots magiques des Petits Parfumeurs, traversera l’Océan en passant par l’Île Inexistante, vivra bien des aventures, et enfin, la trouvera, cette rivière qui coule à l’envers…

Ce qui, chez Mourlevat, me rappelle l’imaginaire des Miyazaki, c’est la douceur bizarre de toutes ces rencontres. C’est à la fois simple, et étonnant. C’est à la fois inquiétant, et enchanteur.

chihiro

  • Le combat d’hiver (Gallimard Jeunesse 2006)

le combat d'hiver jean-claude mourlevat

Le combat d’hiver, c’est la lutte libertaire de quatre adolescents dans un monde dictatorial à l’exotisme slave. Nous pourrions être à Prague, hier ou demain, si n’étaient les épouvantables Hommes-Chiens du gouvernement ou l’étonnant Peuple-Cheval écrasé par lui.

Étrangement, moi qui suis facilement mal à l’aise face à des êtres humanoïdes à tête d’animaux*, je ne garde qu’une fascination légèrement inquiète vis-à-vis de ces personnages qui demeurent secondaires. Car, le cœur de cette histoire, c’est la quête pour la liberté menée par les héros.

Ils sont quatre : le beau Bartoloméo, le courageux Milos, la superbe Miléna, l’indémontable Hélen ; leurs qualificatifs sont interchangeables, car ces personnages, chacun rongé par ses propres angoisses, sont magnifiques. Échappés de l’orphelinat qui les retenait prisonniers, ils se lancent dans une fuite en avant, avec dans le cœur le projet un peu fou (et un peu flou) de mettre à bas le régime barbare qui les broie.

Ils seront séparés, chacun entraîné par son destin dans la mâchoire grande ouverte de ce monde cruel — ainsi, certains se retrouveront jetés dans les jeux du Cirque, ressuscités par la Phalange. Et plus on s’approche de la fin, plus on sent sa poitrine se comprimer sur une vérité que l’on ne veut pas entendre… qui est que, comme celle de leurs parents quinze ans plus tôt, leur lutte semble promise à l’échec.

Mais l’est-elle ?

Ce roman est l’un de mes préférés en jeunesse. J’ai rarement été aussi bien emportée par un souffle libertaire, et une aussi belle plume. Le combat d’hiver est comme un hymne national quand il y a réellement de féroces soldats qui mugissent dans nos campagnes : un chant, une épopée grandiose qui donne force et espoir.


Spécialiste des voyages initiatiques merveilleux dont on ressort souriant, mais tremblant
, Jean-Claude Mourlevat est l’un de nos trésors nationaux, à découvrir si vous ne le connaissez pas encore.

Bonne lecture,

Lupiot

Lupiot Allez Vous Faire Lire

 

 

 

 

Voir aussi : son recueil de nouvelles Silhouette que j’ai critiqué depuis.


* Ne me parlez pas des dieux égyptiens, ils sont géniaux, mais terrifiants.

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7 réflexions sur “Jean-Claude Mourlevat le merveilleux

    • Ressenti très personnel, pour Miyazaki, mais vraiment, La rivière à l’envers m’a laissé avec la même sensation de fantastique fascinant (avec des univers humains et naturels à la fois beaux et un chouïa inquiétants). Et à y repenser, je gardais un souvenir similaire (mais encore plus puissant) du Combat d’Hiver. Donc, oui, je conseille, surtout si tu aimes ce genre d’univers !

      J'aime

  1. Je comprends bien mieux la comparaison avec Miyasaki après avoir fini Le Combat D’Hiver ! Même merveilleux présent et posé là comme ça, qui me fascine et me frustre presque, parce que je crois que j’aimerais en savoir plus tout l’univers !
    J’ai aimé et en même temps je suis déçue, mais je ne sais pas pourquoi. J’ai l’impression que Mourlevat m’a laissée là, toute seule, alors qu’on aurait pu aller plus loin. Tristesse.
    Mais c’était bien. Trop d’émotions mélangées !

    Aimé par 1 personne

  2. Je viens de découvrir ton site et… wahou ! J’ai lu quelques uns de tes articles, j’adore ton humour et le ton que tu emploies. Mais cet article sur Jean-Claude Mourlevat avec cette jolie critique sur Le combat d’hiver (un de mes livres préférés) est tout simplement génial, bravo à toi !

    Et oui, je suis totalement d’accord, Jean-Claude Mourlevat est merveilleux ;).

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