Le premier qui pleure a perdu, de Sherman Alexie (2008)

Article par Bloup

Il est de ces livres qui attirent le regard. Il suffit parfois d’un rien : pour moi, il n’a fallu que le petit jouet d’Amérindien bleu sur fond noir pour que je tende la main vers l’ouvrage et lise la 4e de couverture…

Junior est un Indien de la réserve Spokane (État de Washington, US) et il nous livre ici son journal intime. Depuis toujours souffre-douleur de la réserve, il a l’opportunité d’aller au lycée de Reardan, la ville voisine… Et ainsi de devenir un « indien à temps partiel »*. Mais, si cela semble être une véritable chance pour lui, il n’en est qu’au début de la bataille pour se faire accepter par les « blancs » d’une part, et se faire pardonner des siens d’autre part…

the-absolutely-true-diary-of-a-part-time-indian-sherman-alexie* Le titre original est The absolutely true diary of a part-time indian. Je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas traduit cela en français – ils voulaient sans doute un effet plus dramatique ou moins « girly » attaché à l’idée du journal intime. Néanmoins, le titre français marche parfaitement bien : cynique et puissant, on pourrait croire que Junior lui-même l’a proposé. De plus, l’expression « le premier qui… » implique non seulement Junior mais aussi de chacun des Indiens, tous dans le même bateau et dont Junior se fait le porte-parole.

Récit à la première personne qui nous est directement adressé, ce journal intime témoigne d’une véritable fureur. Fureur d’exister, de faire entendre sa voix.

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Le château de Cassandra, de Dodie Smith (1949)

Article par Bloup

Lupiot va publier dans quelques jours un article Si vous avez aimé… Jane Austen auquel j’ai pris plaisir à participer (car oui, j’aime beaucoup Jane Austen). Or, dans cette liste, nous vous recommandions Le château de Cassandra. Donc, de quoi s’agit-il plus exactement ?

chateau de cassandra dodie smith allez vous faire lierAnnées 30 . La famille Mortmain vit sans le sous dans un vieux château d’Angleterre. Cassandra et sa sœur Rose partagent la même chambre et leurs secrets, à l’image des héroïnes de Jane Austen ou Charlotte Brönte, qu’elles admirent profondément. Rêvant de richesses qui leur permettraient de sortir de leurs misère, leur quotidien est soudain bouleversé par la famille héritière américaine du manoir voisin… et accessoirement leurs nouveaux fortunés propriétaires. Simon Cotton, l’aîné des deux frères, fait particulièrement forte impression à Rose…

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« Je ne lis plus et ça me désole », ou la cata culturelle du snobisme internalisé

En tant que lecteur ou lectrice, on a régulièrement des passages à vide.

Et par là j’entends : des périodes où on ne lit pas.

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Des périodes où, jaloux et rêveur, on entend nos amis parler des derniers livres qu’ils ont dévorés et l’on soupire « Ahh, c’est terrible, je n’ai pas le temps en ce moment… »

Je suis personnellement en plein milieu de l’un de ces passages à vide depuis un mois. Je n’ai pas le temps ! Je travaille sur des horaires de bureau, avec une demi-heure de trajet aller et retour ; le soir et le week-end, je mène mes activités en free-lance ; en plus, je cherche un appartement et je gère le déménagement, sans parler de Game of Thrones qui a repris, des forums débilous sur lesquels j’aime lambiner le matin et à la pause déjeuner, et du temps que j’aime passer à compter mes doigts de pieds et à rêvasser.

Combien je manque de temps !

Vous l’aurez deviné, ce n’est pas vraiment ça, le problème. La raison pour laquelle je ne lis pas ce moment, c’est que je me consacre à d’autres activités. Et peut-être que je n’ai pas vraiment envie de lire, qu’aucun des livres que j’ai sous la main ne met dans mon cœur les flamouilles de l’amour, que l’idée de végéter sous la couette en scrollant sur internet me remplit d’un confort douillet — et si je me déteste un peu de perdre tant de temps sur Facebook ou Tumblr, j’ai la sensation de me faire plaisir en regardant Better Call Saul, en chinant sur Le bon coin des fauteuils pour notre nouvel appart, en chattant avec mes copinautes de forum et en lisant des articles sur la littérature jeunesse, l’homme augmenté, la contemplation dans les jeux vidéos, et comment réussir la première face d’un Rubik’s Cube.

procrastination

« Il n’y a pas de limites à ce qu’on est capable d’accomplir quand on devrait être en train de faire autre chose. »

Alors c’est QUOI ce : « Je ne lis plus et ça me désole » ? Pourquoi je suis désolée ?

Je vais vous dire ce que c’est, ma bonne dame. C’est du snobisme internalisé. C’est une sale bête qu’il faut piquer à la broche et rôtir en lui criant dessus qu’elle est moche et qu’elle nous a assez fait souffrir. Parce que ça commence de bien suffire.

Une fois que ce sera réglé, on grillera des marshmallows sur sa carcasse en savourant le bon goût de la littérature libérée.

TG

Naaaaooooon, tuez-la !

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Dans le désordre, de Marion Brunet (2016)

Dans le désordre, de Marion Brunet, est l’un de ces rares romans jeunesse qui m’aura emportée hors du monde pour m’y ramener plus ancrée, présente, consciente.

dans le desordre marion brunetL’histoire s’ouvre sur une scène de guerre, non, de manifestation. Alors que la foule s’agite, que les forces de l’ordre commencent à forcer l’ordre, Jeanne aperçoit Basile au creux de la houle. Basile et ses mains qui dansent, son air de voler au-dessus de tout. La manif dégénère, certains sont embarqués, d’autres un peu cabossés, et Jeanne, tremblante, se retrouve avec quelques autres mordus de la vie à débriefer autour d’un café. Lire la suite

La pyramide des besoins humains, de Caroline Solé (2015)

Wow. Autant vous le dire, c’est mon premier gros coup de cœur de 2016. J’avais fait l’acquisition de ce roman il y a des mois mais, par lose intégrale, je l’avais égaré après avoir lu tout juste les premières pages. Ce qui est, vous en conviendrez (et surtout quand lesdites premières pages sont trop cool), extrêmement désappointant.

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Puis, le 31 décembre, je me suis fait voler ma valise (qui contenait tous mes cadeaux de Noël, soit 98% de livres) (#EtBonneAnnée) mais, coup de chance dans mon malheur, en fouillant dans mes sacs à la recherche d’un nouveau contenant pour transporter les maigres affaires qui me restaient, je suis tombée, au fond d’un sac en toile oublié, sur… La pyramide des besoins humains.

Mon précieux.

Mon précieux.

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Prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvants, d’Hervé Giraud (2015)

Je découvre Hervé Giraud avec ce titre et suis totalement séduite par son style. Fureur des mots, fantaisie de l’esprit, humour dégoupillé : tout est réuni pour que le texte vous explose sous la langue.

prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvantsAnton Tchekov n’a de commun avec le grand écrivain que son patronyme : lui, il arpente la jungle urbaine en loosdé, bardé d’un bagage familial avoisinant le zéro absolu. Lire la suite