« Je ne lis plus et ça me désole », ou la cata culturelle du snobisme internalisé

En tant que lecteur ou lectrice, on a régulièrement des passages à vide.

Et par là j’entends : des périodes où on ne lit pas.

gasp

Des périodes où, jaloux et rêveur, on entend nos amis parler des derniers livres qu’ils ont dévorés et l’on soupire « Ahh, c’est terrible, je n’ai pas le temps en ce moment… »

Je suis personnellement en plein milieu de l’un de ces passages à vide depuis un mois. Je n’ai pas le temps ! Je travaille sur des horaires de bureau, avec une demi-heure de trajet aller et retour ; le soir et le week-end, je mène mes activités en free-lance ; en plus, je cherche un appartement et je gère le déménagement, sans parler de Game of Thrones qui a repris, des forums débilous sur lesquels j’aime lambiner le matin et à la pause déjeuner, et du temps que j’aime passer à compter mes doigts de pieds et à rêvasser.

Combien je manque de temps !

Vous l’aurez deviné, ce n’est pas vraiment ça, le problème. La raison pour laquelle je ne lis pas ce moment, c’est que je me consacre à d’autres activités. Et peut-être que je n’ai pas vraiment envie de lire, qu’aucun des livres que j’ai sous la main ne met dans mon cœur les flamouilles de l’amour, que l’idée de végéter sous la couette en scrollant sur internet me remplit d’un confort douillet — et si je me déteste un peu de perdre tant de temps sur Facebook ou Tumblr, j’ai la sensation de me faire plaisir en regardant Better Call Saul, en chinant sur Le bon coin des fauteuils pour notre nouvel appart, en chattant avec mes copinautes de forum et en lisant des articles sur la littérature jeunesse, l’homme augmenté, la contemplation dans les jeux vidéos, et comment réussir la première face d’un Rubik’s Cube.

procrastination

« Il n’y a pas de limites à ce qu’on est capable d’accomplir quand on devrait être en train de faire autre chose. »

Alors c’est QUOI ce : « Je ne lis plus et ça me désole » ? Pourquoi je suis désolée ?

Je vais vous dire ce que c’est, ma bonne dame. C’est du snobisme internalisé. C’est une sale bête qu’il faut piquer à la broche et rôtir en lui criant dessus qu’elle est moche et qu’elle nous a assez fait souffrir. Parce que ça commence de bien suffire.

Une fois que ce sera réglé, on grillera des marshmallows sur sa carcasse en savourant le bon goût de la littérature libérée.

TG

Naaaaooooon, tuez-la !

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Messieurs les enfants, de Daniel Pennac (1997)

Daniel Pennac ou la poésie du nawak. Comme toujours, c’est plein d’humour, comme toujours il y a une sorte de mystère à élucider, et contrairement à d’habitude, cette fois-ci, c’est non seulement excentrique, mais fantastique.

messieurs les enfants daniel pennacL’imagination ce n’est pas le mensonge ! les accuse le professeur de français Crastaing, l’homme le moins doux de toute l’histoire de l’Éducation Nationale. Igor, Joseph et Nourdine détestent ses exigences rédactionnelles comme l’intégralité de son odieuse personne, de toute l’intensité de leurs treize ans. La dernière de Crastaing ? Vous vous réveillez un matin et vous constatez que vous avez été transformé en adulte. Complètement affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents : ils ont été transformés en enfants. Racontez la suite. Lire la suite

Des livres pour les incompatibles scolaires

Les bêtas, les incompatibles scolaires, les échecs au fond de la classe près du radiateur, ceux qu’on promet à une vie d’éboueurs —ce qui n’est franchement pas sympa pour les éboueurs, c’est un noble métier, et en matière d’utilité à la société, est-ce plus ou moins valable que Dissertateur ? Discutez, monsieur le professeur, vous avez 4h— ceux-là donc qu’on a relégué au rang de bons à rien patentés, ont de quoi se sentir poussés hors du sentier, un peu seul, un peu désespérés.

Non.

De un, l’école n’est qu’un tremplin imparfait sur lequel tout le monde ne rebondit pas bien. De deux, les cancres, ça n’existe pas : si on n’est pas bon par ici, on est forcément bon par là. De trois… la cancritude n’empêchera pas le bonheur ! (Quoi de mieux inspiré en ce jour de rentrée ?) Et puis, venez par là : Lire la suite