L’AntiRentrée #1 : laisse le temps faire le tri, lis ceux de l’an dernier

Tu as cru que je plaisantais quand je disais préparer des articles sur le thème #AntiRentrée ? mais ce n’était qu’un stratagème habile pour avancer mes pions en loucedé, car j’étais très sérieuse :

La rentrée littéraire m’excite autant qu’elle m’use. On est envahi pourchassé canardé de recommandations de lecture de

*LA NOUVEAUTÉ*

… jusqu’à l’absurde, car personne n’a encore de recul dessus.

Tu te surprends donc, si tu es comme moi très sujet·te aux pointes d’enthousiasme, à acheter sur un caprice un bouquin dont tu as entendu parler partout, sans avoir pris le temps de véritablement te pencher sur la question (car qui l’a, ce pitin de temps), de le feuilleter, de vérifier que les quidams auteurs de la recommandation sont de bon goût, de gout voisin, de goût similaire au tien. Et tu te retrouves à lire, au hasard, ÇA RACONTE SARAH, qui en plus d’avoir un titre nul à chier qui te racle le palais comme un lendemain de soirée sponsorisée par le tabagisme,est la quintessence de tout ce que tu détestes en littérature, à base de vacuité nombriliste au style blanc qui rend vert, un machin post-durassien sitôt né sitôt daté, la phrase nominale comme étendard poétique déchiré, le carbone 14 du nouveau roman fait papier.

ET TU L’AS ACHETÉ. AVEC TON ARGENT DUREMENT GAGNÉ.
(Expérience de ma rentrée littéraire 2018. La rancœur est encore présente, le sens-tu.)

Passons. Je suis encore en train de me laisser déconcentrer par la passion. Mon médecin m’a dit d’arrêter.

L’objet de cet article n’est pas de t’éviter des romans en particulier (et si tu as aimé Ça raconte Sarah, tu as le droit d’avoir tort, moi je t’empêche pas).

L’objet de cet article est de t’éviter de te laisser manipuler par les hormones de la séduction que dégagent tous les petits livres chauds et croustillants juste sortis des presses. Ne te jette pas à corps-perdu dans une série de blind-dates qui te laisseront insatisfait·e et entameront ta confiance dans le genre littéraire.

Laisse-toi le temps de la réflexion. Écoute les voix de tes amis qui ont fait le tri pour toi une année durant et te recommanderont un compagnon de lecture de qualité.

Laisse le temps faire le tri,
lis les romans de l’an dernier !

Lire la suite

Le livre de la poussière, 1. La Belle Sauvage, de Philip Pullman (Gallimard Jeunesse, 2017)

Ok donc j’ai lu ce roman il y a à présent un an, et pour la rédaction de cette chronique, qui a beaucoup tardé, je l’ai RE-LU en entier, oui Madame. Mon opinion est donc tout vernie de sagesse et —

Oh mon DIEU comment c’est BIEN !!!

Pour rendre justice à mon enthousiasme, pour la durée de toute cette critique, il conviendra d’imaginer non pas une femme adulte derrière un clavier ventant de façon argumentée les mérites d’un excellent roman, mais un écureuil sous cocaïne en train de bondir dans tous les sens pour présenter sa noisette préférée.

J’apprécie votre coopération dans cet exercice.

Récap pour ceux qui ont une vie en-dehors de la littérature jeunesse : Philip Pullman, l’auteur de la trilogie La Croisée des Mondes (parue entre 1995 et 2000), énorme succès fantastique érigé en classique de la littérature de genre pour petits et grands…

…écrit une nouvelle trilogie fantastique se déroulant dans le même univers, un spin-off (comprendre que ça se passe en parallèle des faits que nous connaissons, ou avant, ou après) qui s’appelle Le Livre de la Poussière et dont le tome 1, La Belle Sauvage, a paru en français chez Gallimard Jeunesse le 16 novembre 2017.

Armée de ma patience caractéristique, je l’ai évidemment acheté le jour de sa parution en VO, , le 19 octobre 2017 à 19h30, pour commencer à le lire dans les transports sitôt sortie de chez Shakespeare & Co.

Moi dans le métro

Je l’ai lu avec un acharnement pugnace et une lenteur rageante, car le vocabulaire so british de la campagne m’est totalement mais alors totalement étranger, et je devais vérifier toutes les deux pages si le dæmon qui venait de se percher sur l’épaule de son humain était un chat, un piaf, ou un bon dieu de singe. J’ai appris de nombreux noms d’animaux en anglais, merci l’imagier Pullman, et j’ai découvert à cette occasion mon nouvel animal préféré :

LE MARMOUSETC’EST UN SINGE MINIATURE.
JE HURLE.

Cute ? Super cute. Mais revenons à notre campagne anglaise : Lire la suite