Opération pantalon de Cat Clarke (Robert Laffont, 2017)

Article par Skarabäus

Je ne sais pas si c’est la production éditoriale de ces derniers mois, ou simplement le réseau de bibliothèque que je fréquente, mais je suis « tombée » sur beaucoup de livres jeunesse qui parlent d’identité non cisgenre ou d’orientation sexuelle non hétéronormée… Et ça, c’est une bonne chose.

Pitch : Olivia, pardon Liv, n’est pas ce que son apparence extérieure laisse croire. Et du coup, l’obligation de la jupe d’uniforme, c’est pas possible pour… elle. Enfin, lui. Oui, c’est compliqué.
Et il y a des tas de trucs encore plus compliqués…

À quel point compliqués ?

Malgré quelques petits bémols, ce petit roman vaut d’être lu.

Mais pourquoi donc ?

LES PLUS

  • #1. Un thème difficile abordé de manière simple et dédramatisée

Clarke aborde la transidentité de manière très naturelle : ce n’est pas un drame pour Liv qui, lui, vit cette prise de conscience plutôt bien. Parce que l’annoncer à ses proches, ça se révèle plus compliqué : peur de décevoir, d’être rejeté… Lorsque le Secret est dévoilé, son meilleur ami et ses mères (oui, j’en parle plus loin) le prennent très bien. Même, ses mères l’avaient déjà plus ou moins deviné, ce Secret — et son meilleur ami ne s’en formalise vraiment pas (il faut dire que niveau secret, il est pas mal non plus, le meilleur ami…)

  • #2. Homophobie et harcèlement scolaire : deux autres thèmes clés

Liv a donc… deux mamans. Rien de grave, de neuf, c’est juste encore un peu exceptionnel. Et pour certain/es c’est carrément dégueu. Liv, en plus de son Secret et de sa croisade pour s’habiller autrement, va être victime de harcèlement homophobe. Car oui, avoir deux mamans, c’est être « un monstre ». C’est être ostracisé parce que l’homosexualité est encore très mal vue au collège.

Sur ce sujet, voir le très bon « Frangine ».

Et être ami·e avec une personne issue d’une famille homosexuelle aussi : c’est être trop différent dans un univers qui veut avant tout que chacun se coule dans un moule.

Bon, à mon avis, le roman pouvait se passer d’au moins une de ces thématiques. Mais admettons : homophobie et harcèlement scolaire sont très présents dans la société, il semble normal que cela se retrouve également dans la littérature.

  • #3. Un règlement scolaire archaïque — ou comment s’affirmer dans un monde en uniforme

Avoir 11 ans, entrer au collège, c’est pas facile. Mais en plus, Liv se retrouve en butte à un règlement vestimentaire archaïque : jupe obligatoire pour les filles. Et pis c’est tout.

Mais alors, si on n’est pas vraiment une fille dedans ?

Liv part donc en croisade pour pouvoir porter un pantalon — et pour que les filles, dans leur ensemble, puissent avoir le choix. (La question de la jupe pour les garçons a été soulevée (huhu), mais ce serait trop avant-gardiste). Sont tentées plusieurs actions, avec plus ou moins de succès… Avec un peu de chance, quelque chose va bouger !
Parce que les jupes c’est bien. Le choix, c’est mieux.

  • #4. Un roman pour tous : accessible et original

Bon alors, voilà un roman pas super compliqué à lire : il y a pas beaucoup de personnages c’est accessible, fluide, tout s’enchaîne sans heurt. En plus de cela, toute la narration est au masculin : accords, façon de se voir et de se ressentir. On va peut-être me dire que ben oui, vu qu’on est dans la tête de Liv. Certes, mais il faut le souligner : tout est en cohérence dans le roman (ç’aurait pu ne pas être le cas). Et c’est bien vu.

Mais tout de même, y a quelques petits trucs qui grattent…

LES MOINS

  • #1. C’est pas un peu trop ?

Liv est un cumulard : transidentité, homophobie, harcèlement, deuil… Ça fait beaucoup, non, pour un seul personnage ? Loin de moi l’idée que les couples homosexuels n’ont pas le droit d’avoir d’enfants. Vraiment loin de moi. Mais quand le personnage principal est transgenre, niveau problématique compliquée, on est bons, non ? Rajoutons l’âge des protagonistes et bam ! Il était possible de faire une histoire de harcèlement de transphobe sans en rajouter.
Parce que finalement, j’ai trouvé que cette histoire d’homophobie était assez artificielle et superflue. Surtout qu’en même temps, Liv perd sa meilleure amie d’enfance, que son grand-père qu’elle ne connaît pas meurt et que ça bouleverse une de ses mères.

Un peu, oui. Par chance, le roman n’a pas tourné au pathos ou au larmoyant. Ouf !

  • #2. Pourquoi rappeler que « c’est une fille » ?

Dans la narration, tout ce qui concerne Liv est masculin. Est-il dans ce cas réellement nécessaire de nous rappeler constamment qu’il est « une fille, en vrai » ? Que les personnes dépositaires de l’autorité lui rappellent que c’est une fille, ok : Liv est extérieurement une fille. Que le principal, les enseignants lui rappellent le règlement, oui. Mais quel besoin a t-il lui de le mentionner constamment ? Le lecteur se laisse glisser dans le texte, dans la tête de ce garçon et là, « au fait, je suis une fille, tu te souviens ? ».

Oui je me souviens. C’est un peu LE SUJET DU ROMAN.

  • #3. Des personnages pas toujours crédibles

Ils ont vraiment 11 ans ? En lisant, je me les représentais plus comme des grands ado, des lycéens. Parce que, pour travailler personnellement avec des enfants de cet âge, bah, je les trouve tous super mûrs dans leurs paroles et leurs actions. Il y a sans doute un problème dans la manière dont Clarke a pensé et incarné ses personnages…

  • #Accessoirement : vraiment, c’est cette police-LÀ que tu veux ?

Autant la couverture est pas mal, autant la police d’écriture, franchement, ça casse tout. Elle n’est pas jolie, je trouve qu’elle gnangnantise le propos. Ça fait plus : « Mince, mais quel pantalon vais-je bien pouvoir mettre ? ».

Mais j’aime chipoter sur les couvertures.

EN SOMME

Malgré un choix discutable pour la police d’écriture de la couverture et le nombre inutilement important de thématiques abordées, c’est un roman, drôle, intelligent et touchant.

Skarabäus

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3 réflexions sur “Opération pantalon de Cat Clarke (Robert Laffont, 2017)

  1. J’ai lu Opération Pantalon, et je l’ai beaucoup aimé. Il n’est certes pas parfait, mais personnellement, le fait qu’il y ait un croisement de différentes problématiques ne m’a pas dérangé, parce que dans la vie on ne choisit pas, et on peut être confronté à tout ça. Ton article m’a un peu gêné par contre, je le trouve assez maladroit. Tu genres le personnage au féminin, alors que c’est un garçon trans ! Tu ne sembles pas savoir comment le genrer et dire que c’est compliqué, non, c’est un garçon, donc on le genre au masculin. De même que tu parles d’identité sexuelle non hétéronormée, j’imagine que tu fais référence aux deux mamans, mais comme le roman est axé sur la transidentité, on dirait que tu mélanges identité de genre et identité sexuelle, du coup ça ma parait maladroit. Et aussi, le terme transsexualité est à éviter, car trop pathologisant (entre autre), on parle plutôt de transidentité et de personne transgenre.

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour Méluzine ! Je ne suis pas l’autrice de l’article mais l’administratrice du blog et j’ai relu et accompagnée Skarabaus dans la rédaction de celui-ci (je n’ai pas lu le roman pour ma part). Et tu as tout à fait raison : malgré nos efforts et nos bonnes intentions, il restait des maladresses dans cet article !! Le fait de genrer Liv tantôt au masculin, tantôt au féminin (il était genré 2 fois au féminin dans l’article : je viens de corriger ça) est symptomatique du fait que c’est une problématique encore neuve pour nous et malgré nos super-pouvoirs d’ouverture, on reste super-handicapées par des réflexes socio-grammaticaux bien bien ancrés. Merci de ta vigilance (et de ton indulgence).
      Quant au vocabulaire transgenre / transsexuel, les deux sont utilisés dans le roman mais dans la phrase c’est vrai que transgenre est plus pertinent. Corrigé.
      Merci pour ton commentaire !

      Aimé par 1 personne

  2. Merci à toi pour les corrections. J’essaie aussi de faire preuve du maximum d’ouverture, mais ne suis pas infaillible non plus, loin de là. Je trouve ça chouette que du coup ça puisse se corriger, qu’on reste vigilants et indulgents tant que le dialogue est ouvert. 😉 Il reste quelques coquilles, je ne veux pas pourrir vos commentaires avec mes remarques, si tu as un mail où je peux t’en faire part ?

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