Comment bien nommer ses personnages ? (2/3)

Holà, manant ! Tu te trouves en plein cœur d’une réflexion sur comment bien nommer ses personnages de fiction. Dans la partie 1, on a déjà vu :

  • I. Les questions à se poser avant de nommer un personnage
    • #1. A-t-on besoin de connaître son nom ?
    • #2. Les autres personnages ont-ils besoin de connaître son nom?
  • II. Le critère indispensable pour bien nommer ses personnages : la vraisemblance interne
    • #1. La chronologie
    • #2. Le style

Et là, on va parler d’américanisation à outrance, de Rocky Balboa, de Marie-Aude Murail, de Kim-Jong Il et d’Amélie Nothomb. Tout ça dans le même article.

You ready ? >>

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Ça me paraît évident mais un roman qui se déroule en France ne devrait pas avoir pour protagonistes Ashley, Jamie, Selena, Matthew, Madison et Jayden.

  • LE PROBLÈME DU Made in USA

Le lectorat (et souvent l’écrivain aussi) a été biberonné à l’aventure made in USA, et a tendance, par défaut, à trouver plus cool un perso qui s’appelle Joe Baxter que Théo Lamarck, Ellie Johnson que Louise Belleville. On est conditionné à voir un nom anglophone comme promesse d’une aventure démesurée (#ThanksHollywood).

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Fuck yeah #USA

Mais ce n’est pas le nom du héros qui fait l’aventure, et Joe Baxter ne sera pas plus intéressant en soi que s’il s’était appelé Théo Lamarck.

Je ne vais pas évoquer le choix du cadre (USA, France, Patagonie) même si mon point de vue c’est que, plutôt que de piquer les marqueurs superficiels de la culture US (noms propres, marques & géographie), on ferait mieux de lui voler ses schémas narratifs, le dynamisme de ses rebondissements, etc. Je vais parler de la cohérence du nom avec son cadre culturel, notamment dans le contexte de notre « fantasme américain » : quelles solutions trouver pour avoir quand même des noms qui sonnent cool ?

  • LA SOLUTION 1

Utiliser des noms qui existent dans les deux cultures. Dans un roman situé en France, plutôt que de partir sur Ashley et Jayden qui vont faire rouler des yeux comme pas possible le premier lecteur venu, partir sur des noms français qui existent aussi en anglais, et entretenir ainsi cet univers de « fantasme » tout en restant réaliste et cohérent. Et, des noms anglo-français… y en a à la pelle !

Pour s’aider, il est possible de consulter les stats des prénoms les plus attribués en Angleterre et aux États-Unis, par exemple, et repérer toouuuus ceux qui existent aussi chez nous.

Coucou les USA :

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Emma, Zoé, Charlotte, Lily, Madeline, ça collerait parfaitement en VF, et ça fait un groupe de filles aux prénoms variés dans le style et les sonorités. Madeline peut être surnommée Maddie si on veut jouer sur l’imaginaire anglophone.

Coucou le Royaume-Uni :

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Charlie, Thomas, Oscar, Léo, Joseph, ça collerait aussi parfaitement en VF, et ça fait un groupe de mecs aux prénoms variés dans le style et les sonorités. Joseph peut être surnommé Jo si on veut jouer sur l’imaginaire anglophone.

(Ce ne sont que des exemples pris sur le tout début des listes de popularité américaine et britannique.)

  • LA SOLUTION 2

Utiliser des noms à la saveur étrangère. Ce n’est pas uniquement le background hollywoodien qui nous attire mais simplement l’exotisme de ce cadre étranger qui, dès lors, invite à l’aventure.

wilderness explorer up pixar

Aussi, si je veux bien croire que, par habitude et conditionnement « Emma Durand » et « Joseph Martin » ne fassent pas rêver, rien ne nous oblige à les appeler Durand et Martin. En piochant dans son propre entourage on trouve foultitude de noms et prénoms à consonances plus ou moins étrangère : notre Emma française peut s’appeler Emma Beck, Emma Wendricks, Emma Soltano, que sais-je.
Joseph Martin peut se changer en Joseph Valentini, Joseph Bencheikh, Joseph Van Hecke.

Il en va de même pour les prénoms bien sûr : au milieu des Antoine et Louise, on peut avoir des Vadim et des Pia, des Dylan et des Aïnara. Qui sont français ! Incroyable.

J’ai l’air d’insister lourdement mais j’ai beaucoup trop d’amis qui écrivent et qui, inexplicablement, oublient que les noms et prénoms des français IRL sont d’origines variées. On a tendance à rendre la fiction plus logique (et plus lisse) que la réalité.

  • LA SOLUTION 3

Utiliser des noms français cool. J’en reviens au « Emma Durand et Joseph Martin » : peut-être ne leur a-t-on simplement pas trouvé leur combinaison frenchie cool ? Y a des tas de prénoms et noms cools dans notre belle langue, il suffit de chercher ! La frustration Made In USA n’a que trop duré.

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Si c’est le côté dynamique qui vous plaît dans les sonorités anglophones, partez sur des prénoms courts (voire des diminutifs) avec une attaque (B, T, K, Gu) ou un son final équivalent, et vous allez les trouver, vos noms français cools.

Béryl, Bosco, Basile, Jacob (B), Till, Violette, Éliott, Théa (T), Cléo, Max, Manech, Clara (K), Gaïa, Zadig, Gaël, Meg (Gu)…

Vous pouvez faire des recherches de prénoms assez ciblées avec cet excellent moteur de recherche. Par exemple, si je chercher des prénoms se terminant par « g », j’entre :

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Et j’obtiens :

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Etc. Bleu pour le masculin, fuchsia pour le féminin, vert pour le mixte. Penser à croiser les orthographes : pour une recherche de prénoms se finissant par le son « K » il faudra tester « k> », « c> », « x> » et « ch> ».

Mais l’aspect dynamique n’est pas  la seule connotation que peuvent avoir des prénoms anglais…

Si c’est une certaine élégance « vieille Angleterre » que vous cherchez, partez sur des prénoms rétros longs, des noms de vertus, un esprit dandy, et mélangez anglais et français.

Elinor, Alistair, Constantine, Alfred, Prudence, Majoric, Philippa, Balthazar…

Le résultat sera irrésistible. (Cf. les noms dans La Passe-Miroir, de Christelle Dabos : Ophélie, Agathe, Roseline, Hector, Archibald, Philibert, Lazarus… Ici, c’est lié à un esprit un rien steampunk.)

 

[Je vais proposer des listes de prénoms rétros prochainement !]

Difficile de vous donner des idées de beaux prénoms et patronymes puisque les goûts sont propres à chacun. Par exemple, depuis que je l’ai croisé, j’aime beaucoup le nom de famille « Plu ». (Est-ce le « plu » du verbe pleuvoir, ou celui du verbe plaire ? Est-ce le « plu » de « un peu plus » ou de « plus rien » ? Est-ce le début de « plume » ou une variante de « pelu » ? J’aime bien cette incertitude, et les sonorités brèves et mignonnes du nom.)

Je vous conseille d’inventer le nom de famille que vous voulez, puisque tout existe. Si vous avez besoin d’un personnage fort comme un ogre, rien je vous empêche de l’appeler Gaillard, Géhant, Beauchêne, Hardman, Duroc, Ogremont, Balboa., etc.

rocky

Et ça c’est pour les idées vraiment transparentes, on peut être plus discret en faisant des recherches étymologiques… Hé hé. (À suivre)

À vous de déterminer ce qui fait un nom cool à vos yeux. Par exemple, j’adore les trouvailles et les association de Marie-Aude Murail pour ses personnages : Siméon Morlevent (Oh boy !) reste l’exemple ultime d’un nom infiniment cool pour moi (mystérieux-zarbi, mais juste ce qu’il faut).

oh boy ! marie aude murail

N’oublions pas non plus que tous les prénoms peuvent faire de très bons noms de famille (Martin, Robert, etc., mais aussi Victoria, Eugène, Hassan, Blanche, William… tous !).

Voilà pour tacler le problème du Made In USA. Parfois c’est vraiment absurde : on commence un roman où les héros s’appellent Wren, Jacob, Eden, pour réaliser 20 pages plus loin que tout se passe au lycée Raspail rue Victor Hugo. Hein, quoi ?

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  • LE PROBLÈME KIM-PEDRO

De la même manière, que, dans un roman se déroulant en France, n’avoir quasi que des prénoms anglophones paraîtrait absurde, il faut s’adapter à son cadre culturel lorsque les protagonistes vivent à l’étranger — en Suède, en Corée, au Brésil, etc. Mais aussi, à plus petite échelle, lorsqu’ils vivent en France dans des coins où la culture locale est traversée de singularités propres à la région, comme au Pays Basque, à la Réunion, en Corse, etc. (Indice : c’est quasi toujours lié à la présence d’une (autre) langue : ici, basque, créole, corse.)

Par exemple : on se dira facilement que notre héros coréen peut s’appeler Kim.

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Après tout, ça colle, non ? ERREURE FATALE. Il semblerait que Kim ne soit pas donné actuellement, voire pas donné du tout du tout, en Corée. Kwang-Sun, par exemple, ça collerait mieux. C’est le genre de truc qu’on ne peut pas deviner, à moins d’être un spécialiste.

  • LA SOLUTION

Faire une petite recherche « Swedish/Korean/Brazilian baby names » ou « Prénoms basques/malgaches/corses » sera l’occasion de découvertes intéressantes (le prénom le plus donné aux bébés garçons en Corse ces dernières années est LISANDRU, ben si je m’y attendais…) et surtout l’occasion d’établir un univers cohérent.

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Google est ton ami.

Toujours faire une petite recherche, surtout quand on pense connaître. Si ça se trouve, Pedro, en Espagne, c’est super ringard, et je suis pas au courant. Si vous avez déjà lu un roman anglophone dans lequel des petites françaises s’appellent Nicole, Martine et Monique, vous voyez très bien de quoi je parle.

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NON.

Un exemple, pour rester constante dans ma démonstration : dans le 3e volume de Multiversum, de Leonardo Patrignani, nos héros (pour l’essentiel italiens et australiens, comme Alex, Marco et Jenny) rencontrent un rebelle français (adolescent, jeune adulte au plus), qui s’appelle… Thierry.

NON.

NON.

  • LE PROBLÈME DE LA BULLE SOCIALE

Ce problème se fait plus discret et me semble globalement moins prégnant car la pertinence de la question sociale varie de roman en roman. Mais en gros :

Pourquoi tous les personnages du roman ont des noms qui semblent les faire appartenir au même groupe social ?

Si c’est un roman qui existe en vase clos (dans un internat, au sein d’une famille, etc.), no problem. Mais si le casting est large et brasse toute la société, hmmm ? Je parle bien ici du cas où il y a déjà une représentation variée, mais où elle n’est pas exprimée dans les noms, et tout le monde s’appelle Thierry, Jean-Paul et Nicolas.

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  • LA SOLUTION

Plutôt que Camille, Emma et Louise (qui peuvent être caractérisées comme venant de différents milieux, différentes origines, etc.), pourquoi ne pas acter dans leurs noms la variété culturelle que ces trois amies représentent certainement ? Kimberley, Emma et Sophie-Louise, allons-y franchement !

Et ça ne veut pas dire qu’il faut gaver ces prénoms de clichés cassos pour Kim ou bourges pour So-Lou, simplement que leurs parents les ont appelées ainsi ; le seul fait qu’elles soient toutes les trois amies aujourd’hui les définit comme faisant désormais partie d’un même groupe (au moins partiellement). Peut-être sont-elles sorties de leurs milieux, peut-être qu’on ne le saura pas, mais en tout cas, leurs prénoms aident le roman à ne pas s’enfermer dans une bulle sociale. Qui le plus souvent, est celle de la classe moyenne haute, vaguement (in)définie.

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Juno

C’est valable dans les romans réalistes mais aussi dans les romans fantastiques, y a pas de raison. Les personnages secondaires (policiers, victimes, chamanes, famille éloignée, etc.) d’un roman fantastique, s’ils sont nommés, devraient pouvoir esquisser un univers cohérent et donc varié.

§

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Comme vous le savez si vous avez lu entre les lignes de cet article, j’apprécie l’originalité, à titre personnel. Mais sans aller jusqu’à Archibald et Térébenthine, il y a de bonnes raisons d’être au moins un peu original, comme je l’explique dans l’article Nathan, Emma, pourquoi il faut arrêter d’appeler ses personnages par les prénoms les plus populaires IRL.

Ici, comme on parle de vraisemblance interne, on va s’attaquer à un problème que vous connaissez :

  • LE SYNDROME AMÉLIE NOTHOMB

Les personnages d’Amélie Nothomb ont des noms à coucher dehors. Pannonique (f) dans Acide Sulfurique, Prétextat (m) dans Hygiène de l’Assassin

 

Mais aussi Zoïle, Astrolabe, Épiphane, Textor, Plectrude, Christa, Saturnine, Hirondelle, ou Palamède (liste non-exhaustive).

…Mais enfin ! C’est complètement chtarbé ! Et puis, c’est too much !

Ah, oui, complètement.

  • LA SOLUTION

Qu’est-ce que ça entraîne, une originalité pareille ? (De 12 sur une échelle de 10)

Ça entraîne un sentiment d’irréalité, ce qui fait passer ces romans dans la champ des narrations imaginaires ou symboliques (contes philosophiques, aventures fantaisistes, projections futuristes…) Eeet, chez Nothomb, c’est fait exprès. C’est réussi.

Partons du prénom Panonnique, dont on conviendra qu’il est très original (tout le monde est d’accord ?). Voyons comment, partant de là, l’originalité des autres noms du roman pourrait donner des approches de lecture différentes.

  1. Dans le cadre d’un roman qui se veut réaliste, l’hyper-originalité de Panonnique est à traiter comme l’anachronique Thierry : un personnage peut s’appeler Pannonique si, à côté, les autres s’appellent Marion et Raphaël (et si Panonnique se fait charrier sur son nom). Dans ce cas Panonnique n’est qu’une improbabilité statistique comme on en rencontre dans la vraie vie.coquelicot-blanc-improbabilite-statistique
  2. Si, dans un cadre réaliste, Pannonique s’entoure de Xénophraste, Caliban, Shéhérazade, Célimène et Akiko, on tombe dans un univers de lecture plus symbolique : on ne recherche pas la vraisemblance, mais le sens. Il n’y a en effet pas moyen que tout ce petit monde se côtoie IRL (à moins que ce soit une colonie de vacances d’enfants de stars sous amphétamines).brangelina-kids
  3. Si, toujours dans un cadre « réaliste », Pannonique s’entoure d’Olympe, Alexandrie, Adriaque et Colisée, on tombe alors dans un univers imaginaire avec une cohérence interne. Peut-être s’agit-il d’un univers futuriste, peut-être d’une uchronie ? On a en effet une thématique et un style commun, que l’on ne rencontrera non plus dans la vraie vie.

Voyez combien l’équilibre des noms et de leur originalité peut être significatif.

En résumé :

tableau-originalite-des-noms-et-effet-sur-l-univers-du-roman

Article sur l’usage des prénoms trop communs dans la littérature

D’ailleurs, pour revenir à Amélie Nothomb, elle opte pour des prénoms moins frapadingues quand elle souhaite que l’on n’ait pas une lecture trop symbolique/contesque, quand elle nous propose de l’aventure avec un grand A, comme dans Tuer le père, une sorte de thriller où les héros s’appellent :

« Joe, Reno, Norman, Christina »

tuer-le-pere-amelie-nothomb

§

C’est la fin pour aujourd’hui : le billet est long et je l’ai coupé en trois (Partie I et II aujourd’hui, Partie III pendant les vacances de Noël). On progresse des critères indispensables aux critères bonus, et ici j’ai donc voulu faire le tour des problèmes de vraisemblance interne à l’univers du roman.

Le plan pour rappel, et pour vous permettre de naviguer gaiment dans ce long parchemin :

  • I. Les questions à se poser avant de nommer un personnage
    • #1. A-t-on besoin de connaître son nom ?
    • #2. Les autres personnages ont-ils besoin de connaître son nom?
  • II. Le critère indispensable pour bien nommer ses personnages : la vraisemblance interne
    • #1. La chronologie
    • #2. Le style
    • #3. Le cadre culturel
    • #4. L’originalité

Ce qu’on peut résumer ainsi :

<3

Ensuiiiite nous verrons pourquoi Cocorette c’est un bon nom pour une boîte d’œufs, et Voldemort un bon nom de méchant, grâce aux critères bonus :

  • III. Les critères bonus pour vraiment bien nommer ses personnages
    • #1. L’étymologie
    • #2. Les références
    • #3. Les sonorités
    • #4. Le critère final tel le bolduc sur le paquet

Je récapitule les ressources de recherche utiles en fin d’article, et je ferai de même dans le suivant (notamment pour les sources étymologiques).

J’espère que vous n’avez pas mal à la tête, avez trouvé tout cela intéressant, et n’êtes pas en train d’appeler l’hôpital psychiatrique le plus proche pour m’y faire interner.

À très bientôt,

Lupiot


Ressources utiles :

  1. Rechercher les prénoms populaires par année de naissancerecherche-une-annee-entre-1900-et-2012-meilleurs-prenoms
  2. Rechercher la courbe de popularité d’un prénom sur le siècle : entrez un prénom et cliquez sur popularité
    pularite-dun-prenom
    (Alerte : n’utilisez pas ce site pour l’étymologie, il n’est pas très fiable. Je ferai un topo sur les sources étymologiques dans le prochain article.)
  3. Rechercher des prénoms par graphie et sonoritémoteur-simple-tonprenom-recherche-prenoms

C’est par ici pour toutes les listes de prénoms
C’est par ici pour tous les articles sur les noms dans la littérature

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11 réflexions sur “Comment bien nommer ses personnages ? (2/3)

  1. Tu parles beaucoup de prénoms bretons, slaves et autres, mais on oublie vite que les ados d’aujourd’hui ont beaucoup de noms d’origine maghrébine ou africaine ! Du coup, quand je veux écrire au sujet d’une classe, je ne peux pas mettre des Léa, Elise et Charles (à moins d’être dans le 16e et encore !) mais il me faut des Aminata, Eliès, Selima, Tariq…
    Je sais que j’ai eu du mal à lire la Sixième de Morgenstern (notamment parce que je suis déjà un peu vieille…) mais parce que c’était loin de la 6e comme je l’ai connue et telle que je la connais aujourd’hui. Du coup je sais que j’essaye effectivement de sortir mes personnages d’une bulle sociale et surtout culturelle (avant de m’enfoncer dans un autre défaut ah ah xD).
    En tout cas, encore très enrichissant 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Ah oui, tout le slave/régional etc., ce sont des suggestions de pistes pour créer des univers *imaginaires* cohérents. Et il est évident que les prénoms arabes sont de l’ordre de l’essentiel dans les romans réalistes, justement pour ne pas s’enfermer dans une bulle sociale « -.-
      (C’est aussi pour ça que j’en mets plein dans mes listes thématiques :p (En plus les prénoms arabes masculins euh… ils sont trop beaux « ^^)

      Après, Léa, Élise et Charles c’était monnaie courante dans mon lycée de « la zone » à Tours… Très très loin d’une ambiance XVIe, donc. Faut pas oublier que la banlieue parisienne est vachement *plus* ghettoïsée que le lycée de base d’une ville moyenne-grosse hors Île-de-France. La France est plus amalgamée que Paris-banlieue. Le Parissianno-centrisme malheureusement, ça, ça me semble une maladie très difficile à combattre xD

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      • Dans mon petit bled du Loiret, on était assez mélangé mais tu as raison, moins ghettoïsé et le lycée encore moins… Donc finalement… (ça me paraît si loinnnnnnn)
        Oui j’ai vu dans les listes, et j’étais tellement contente de voir la signification d’Aziz (un nom que je commence à utiliser pour des personnages élèves, avec Aminata et surement Sanaa bientôt !)

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  2. En fait, cette suite répond bien au commentaire que j’ai mis pour la 1e partie! Alors, désolée, on est complètement d’accord. 🙂 J’aime particulièrement que tu parles de l’uniformisation artificielle du réel, avec des panoplies de noms très français ou du même style, juste sous prétexte qu’on est en France, par exemple.

    Ici, au Québec, ce qui me fascine, c’est qu’on parle la même langue (le français), mais les noms sont souvent complètement différents. Enfin, il y a des points communs, bien sûr (des Emma, Léa, Théo, Enzo, j’en ai vu passer de l’âge de mon fils), mais plus de points divergents qu’on ne le croirait… Par exemple, les Québécois adorent les prénoms composés. Je pense que c’est en train de se démoder, mais chez les adultes, même les 20-30 ans, c’est plein de Marie-Ève, Marie-Andrée*, Marie-Josée, Marie-Soleil (si!), Julie-Anne chez les filles, et Marc-André, Marc-Antoine, Jean-René*, Jean-Sébastien, Jean-Christophe, Louis-Philippe chez les gars (et non, tous ces prénoms n’ont aucune connotation « bourge » à ma connaissance). Après ça, la plupart des noms de famille courants au Québec sont rares en France et vice versa, et ils adorent les noms de famille composés aussi, cette fois en vertu de l’égalité homme-femme; pas de raison qu’un enfant prenne plutôt le nom du père que de la mère (et jamais, au grand jamais une femme ne prendra le nom de son époux; « monsieur et madame machin », ça n’a aucun sens ici). Et oui, tout ça donne des noms à rallonge des plus exquis… Mais, comme je l’ai dit, je pense que ça change dans la génération qui vient, avec notamment des prénoms beaucoup plus courts.

    * Ceux-là, à vrai dire, je ne sais pas s’ils sont très courants, mais j’en ai croisé et ça m’a marquée!

    Aimé par 2 people

    • Le décalage des modes entre les différentes régions francophones du monde est toujours hyper déstabilisant et forcément un peu drôle. Et outre quelques challengers « phare » (Lucas, Nathan, etc.) il y a vraiment des mouvements de modes distincts.

      Ouiiii la mode des prénoms composés au Québec…XD Elle m’a parue dingo quand j’ai commencé à m’y intéresser car j’ai l’impression qu’il y a une grosse tendance à la composition que d’instinct je qualifierais de disharmonieuse. (Pas le Pierre-Louis et l’Anne-Charlotte classique de chez nous (qui ont effectivement une connotation sociale BCBG) à mais plutôt des Jonas-Pier et Audrey-Alicia improbable à mes yeux, et complètement « normaux », si je ne me trompe pas, au Québec. Et les prénoms Andrée/Audrée sont hyper répandus aussi (Audréane/ Audrey-Anne sous toutes ses formes, par ex., je l’ai beaucoup entendu…). Bref c’est passionnant, et désolée si je fais des erreurs grossières, je n’ai pas vécu au Québec du tout, c’est simplement par le biais de discussions que je me suis intéressée à la culture prénoms locale 😀

      De même il y a des cultures prénomesques locales dans les DROM qui se « greffent » sur les grandes modes. On revient au point « Google est ton ami » > si je devais écrire sur la Martinique ou le Québec je checkerais les stats des prénoms donnés avant.

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  3. Excellent article. J’ai adoré du début à la fin. Et je retiens en particulier pour la question de « bulle sociale » dans laquelle j’ai tendance à être en tant qu’autrice (je m’en rends compte mais il faut encore que j’y sois vigilante). Merci !

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  4. J’adore tes articles, comme à chaque fois… J’ai l’impression de faire un MOOC en me tapant des barres en même temps (ce n’est pas peu dire).
    Et thumbs up pour les prénoms de Marie-Aude Murail, quand je pense à des prénoms originaux c’est forcément à ses personnages que je pense ! (notamment tous les Baoulé dans Vive la République, à savoir Toussaint, Alphonse ou Fête des Morts…)

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  5. Merci pour ce nouvel article sur les prénoms, je les lis avec toujours autant d’intérêt et d’enthousiasme ! Je n’écris pas vraiment pour ma part, mais j’ai toujours adoré les prénoms, les origines, les étymologies … alors je me régale avec ton blog ! 😉
    Bon week end !

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  6. Encore une fois un article passionnant, je me régale ! Je rebondis sur un petit truc, ton point sur « Utiliser des noms à la saveur étrangère » me fait beaucoup penser à une de mes dernières lectures : Parmi les vivants, d’Alex Cousseau et Valie Le Gall au Rouergue. On suit 3 jeunes pendant leur été qui vont découvrir un mystérieux jeune homme. Déjà, le jeune homme en question s’appelle Abel, et c’est plutôt joli. Mais les trois personnages principaux sont nommés Esther, Vladimir et Inoke. Des prénoms originaux et peu communs, et qui en plus sont plein de significations et sources de réflexion pendant notre lecture ! Si tu as l’occasion d’y jeter un œil… 😉

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  7. J’ai appris plein de choses ! Et c’est amusant, mais à part quand vraiment les noms des personnages sont farfelus (comme dans la saga Malaussène : Le Petit, la reine Zabo…) je suis rarement choquée ou surprise… Peut-être parce que je ne suis plus toute jeune et que les prénoms comme Thierry ou Andrée me sont aussi familiers que Théo ou Léa ? Bref, c’est rare que ça me gêne dans ma lecture, sauf bien sûr, quand il y en a une tripotée !! J’avoue que je désespère d’avance quand je vois qu’au début d’un roman il y a 3 pages de personnages… Que, fatalement, avec ma mémoire de poisson rouge, je ne vais pas retenir !

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