Le Cycle des Destins, d’Éric Simard (2013-2015)

Voici le maître des chimères*, j’ai nommé Éric Simard, de retour pour un cycle des plus exaltants !

Le Cycle des Destins

cycle des destins image 0 eric simard allez vous faire lire

Chaque tome peut être lu complètement indépendamment – argument central du projet de l’auteur – mais notez que la découverte du cycle est agréable dans l’ordre de parution (cf. ci-dessous).

Dans quoi s’embarque-t-on ?

2133. La Terre est touchée par une météorite. Sa chute fait fondre toute la calotte glaciaire de l’Antarctique, le niveau des océans monte brusquement, et de nombreux territoires, comme des millions d’humains, sont noyés. Parmi ceux qui demeurent, certains sont dotés d’intrigantes mutations génétiques, et survivent dans un Paris méconnaissable, au charme pittoresque. On trouve même des ptérodactyles qui nichent sur ce qui reste de la Tour Montparnasse, à présent connu sous le nom de « Mont Carnasse » ; La Tour Eiffel, pardon la « Tour des elfes », est habitée par des individus non pas aux oreilles pointues, mais aux doigts palmés… Et dans ce monde post-apocalyptique où les institutions se sont écroulées, des communautés farouches se disputent les vestiges de la ville.

Aylin et Siam

eric simard cycle destins 1Aylin vient d’une microsociété d’une intolérance crasse, qui rejette tout ce qui lui est inconnu ou différent. Mais un jour, elle enfreint les règles en échangeant avec l’un des étranges humains de la Tour des Elfes… Cette rencontre entraînera des conséquences et accidents en chaîne et l’amènera à partir pour la Tour des Elfes en quête d’un remède.

Ce premier tome, c’est l’histoire de la rencontre d’Aylin et Siam, mais aussi du choc culturel de leurs deux mondes. Une vraie quête identitaire.

Thanos et Jewell

le cycle des destins eric simard 2Thanos, alias Thanos-le-fou, vit près du périlleux Mont Carnasse, ce qui lui garantit une tranquillité à toute épreuve : personne ne s’y aventure à cause des ptérodactyles qui y nichent. La solitude lui convient : entre les pirates sanguinaires, les communautés intolérantes et les imbéciles fervents de la « race pure » le reste du monde ne trouve pas grâce à ses yeux — qu’il a dorés et plutôt singuliers.

Jewell, quant à elle, est une solitaire elle aussi, une Errante qui pratique le troc et se rit du danger. Partie échanger des ressources précieuses dénichées sous la mer, elle se retrouve aux prises avec une faction intolérante comme on les aime. Poursuivie, elle échouera sur le territoire de Thanos… Un tome porté par un esprit d’indépendance.

Les Ailés

eric simard cycle des destins les ailés 3Rudy étouffe à la Cité des Vents. Il a hérité de sa mère la passion du vol. Épris de liberté, débrouillard mais impulsif, il entreprend une dangereuse quête de vérité : son chemin croisera celui de Siam, et de Myrha, une Ailée. Elle est arrivée il y a peu dans la zone, sur un bateau qui transporte un mystérieux chargement… Ce conteneur attise la crainte comme la convoitise, il sera à l’origine de disparitions et de chamboulements… ce qu’il contient vaut-il tous les dangers qu’il fait courir à ce qui reste de l’humanité ?

Pourquoi faut-il lire ce cycle ?

  • Parce que l’auteur s’y connait pour nous faire voyager

Eric Simard a entre autres écrit L’oracle d’Egypte, Les chimères de la mort et « Clarisse », nouvelle parue dans Les visages de l’humain le tout chez Autres Mondes (collection Mango) À ne pas manquer, petit mais puissant, L’Enfaon en mini Soon chez Syros (Remarque inutile de Lupiot : avec, en bonus, l’illustration la plus mignonne-et-cool de l’histoire des couvertures)

 

Aylin et Siam lui a valu de recevoir le prix Jeunesse Encre de Marine 2012.

  • Pour revisiter Paris à travers une géniale vision post-apocalyptique

L’auteur nous livre un paysage parisien absolument fascinant. Si la situation n’était pas désastreuse à ce point, on aimerait bien visiter cette ville réinventée. J’apprécie particulièrement un des choix de l’auteur, qui a traité avec justesse un siècle d’évolutions orales inévitables, et a su faire sienne la carte de Paris, sans pour autant la dénaturer — car on s’y retrouve toujours — alors que tant d’autres s’y sont essayé et se sont cassé les dents sur des clichés.

Ce qui est à la fois drôle et hyper impressionnant, c’est qu’Éric Simard a mené des études poussées pour créer son Paris submergé. Je l’imagine trop se ramener auprès de professionnels de tous poils, avec un petit carnet et demander très sérieusement « J’écris un bouquin de SF dans lequel Paris est ravagée par un tsunami. Vous la voyez comment, la capitale sous vingt mètres d’eau ? En détails, s’il vous plaît. » Heureusement, cette érudition passe très bien, car on débute d’une façon assez classique, qui fait découvrir peu à peu l’univers au lecteur sans le noyer d’informations.

*jeu de mot pourri*

  • Pour la quête d’identité, le difficile travail sur soi pour grandir et enfin devenir quelqu’un à part entière.

Là où Aylin verra son univers s’agrandir au contact des enfants de la Tour des Elfes, Rudy devra s’affranchir de la seule communauté avec laquelle il a toujours vécu, et de son père, afin de comprendre qui il est et comment il peut trouver sa place auprès des autres (mais quel emmerdeur avant d’en arriver là !)

  • Pour le travail sur le deuil, la séparation et la résilience.

Dans Thanos et Jewell, le récit est ancré cette fois sur le thème de la solitude, omniprésente dans un monde vidé de ses habitants. Parce qu’entre les catastrophes naturelles et les épidémies, la population de Paris est réduite à celle d’une plage de la côte d’Azur en hiver.

tumbleweed rolling dust ball

De fait, chacun traite différemment avec ses défunts : leur parler ou les oublier, se battre avec ses souvenirs ou lutter pour les garder. Le sujet du lâcher-prise est également évoqué, au-delà du travail de mémoire. Et si certains passages ont un petit goût mélancolique et vague-à-l’âme, point de pathos ni de volonté de l’auteur de faire pleurer dans les chaumières au sujet d’une catastrophe de toute façon fictive. Ce qui est arrivé, est arrivé, point. L’essentiel est maintenant de vivre avec.

  • Pour Jewell et Myrha

Ces deux personnages féminins m’ont bluffée par leur personnalité. Jewell pourrait passer pour une damoiselle en détresse et nous épuiser rapidement, mais non, elle se dévoile petit à petit, et c’est une dure à cuire, forte, pleine de ressources.

Myrha, elle, a un caractère moins facile d’accès : tantôt affreuse gamine qui ne sait pas ce qu’elle veut, tantôt jeune femme paumée qui teste la profondeur de ses sentiments, elle déroute et intrigue.

À noter, un excellent passage où elle est victime de harcèlement, que l’auteur a su traiter avec une grande finesse. On vit la scène des deux points de vue, et on réussit à en sortir sans juger ni l’un ni l’autre. Remarquable !

  • Pour le mystère 

Mais y’a QUOI dans ce fichu conteneur ?

  • Deal-With-It-Gif-06Et enfin (ou surtout !), pour les ptérosaures et les humains génétiquement modifiés

Paye ta SF avec des dinosaures Archosaures ! (Merci à Links du Point Culture de m’avoir instruite sur ce sujet !)

pterosaures archosauresEh oui, l’auteur n’a pas hésité à nous pondre des savants qui, avant la Catastrophe, ont recréé cette espèce disparue, et manipulé le génome humain pour y ajouter un cocktail animal. Certains individus ont les doigts palmés et peuvent respirer longtemps sous l’eau (c’est déjà rentable sur la planète Bleue telle qu’on la connait, imaginez un peu après un tsunami !). On en trouve d’autres avec des capacités différentes, presque surnaturelles, mais jamais dans le too much overskilled de la mort qui tue. Non, tout dans la finesse, la beauté.

  • Du côté des points négatifs, je dirais que… ça laisse un peu sur sa faim.

Avoir suivi le transport du conteneur tout le long du livre pour se retrouver avec une action d’une page, c’est assez frustrant.

aristocats sigh marie soupir aristochats disney

NÉANMOINS…

Je vous invite pour à vous plonger dans Le Cycle des Destins, pourquoi pas en commençant par Aylin & Siam, et me contenterai de vous annoncer qu’il s’agit d’une histoire bleue comme la mer et l’amitié, et brillante comme un premier contact. Elle est également éblouissante comme la mer en plein soleil, ou les sentiments très forts qui nous empoignent quand on est un enfant face au vaste monde. Et que dire de l’exaltation de la découverte !

Bonne lecture,

La Bouquineuse

la-bouquineuse-allez-vous-faire-lire


Comme annoncé il y a quelques semaines dans Ce qui est chaud, j’ai adopté un petit renard, assez obligeant pour servir le thé (cf. avatar ci-dessus : pour les gens confus, je n’ai pas véritablement adopté un renard). C’est donc la première** chronique de La Bouquineuse sur le site !  Vous pouvez en apprendre un peu plus sur elle sur la page des chroniqueurs Allez Vous Faire Lire, et lui faire un poutou en passant dans les commentaires pour lui souhaiter la bienvenue, si ça vous dit. Je suis ravie d’accueillir ici cet aimable canidé roux, qui nous fera découvrir des merveilles.

Lupiot

Lupiot


* Les chimères de la mort est l’un des ouvrages d’Éric Simard.

** Une première version de sa chronique d’Aylin et Siam a initialement été publiée le 25 juillet 2014 sur la page facebook Laboukineuze. Celle-ci est une nouvelle mouture 😉

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3 réflexions sur “Le Cycle des Destins, d’Éric Simard (2013-2015)

  1. Bienvenue La Bouquineuse !
    Après ma lecture des Mystères de Larispem, j’ai cherché des romans SF / post-apo / uchronie se déroulant à Paris… c’était pas vraiment concluant. Je garde ces titres en tête si l’envie me prend d’en lire 😀 ! Merci !

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    • Ahh, si tu cherches de l’aventure dans Paris, tu as le génial Pierre Pevel, Le Paris des Merveilles, aussi ! Et Cité 19 de Michaka, dont j’ai entendu du bien (le Pevel est chroniqué sur le blog par Bloup :D). En revanche, ce n’est pas du post-apo, c’est de l’uchronie, dans les deux cas, et le Pevel flirte comme un coquin avec la fantasy-steampunk.

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