Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle, d’Hervé Giraud (2016)

J’avais découvert la plume de Hervé Giraud dans Prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvants, un livre :

  1. au titre si délirant que, forcément, tu es curieux ;prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvants
  2. complètement barré, servi par un humour très imagé et décalé ;
  3. plein d’optimisme, sur fond de toile sociale râpeuse, mais colorée.

Aussi, à la sortie de son nouveau roman ado, je ne me suis pas trop laissée prier : j’ai mordu dedans à pleine dents. Je peux remercier Soazig, l’éditrice Littérature de chez Thierry Magnier, pour sa confiance (et Hervé Giraud himself pour sa bonne humeur constante ; Hervé, tmtc).

L’Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle, ça parle de quoi ?

herve giraud thierry magnier histoier du garcon qui courait apres son chien qui courait apres sa balleD’un adolescent de quatorze ans, lunaire et maladroit, qui nous parle à la première personne pour nous aspirer dans son univers unique et coloré. Cet univers, il le partage avec Cali, sa sœur jumelle. Ils ont leurs secrets, leurs rituels… et leur chien, Rubens, un vieux dalmatien hyperactif. Puis Cali tombe malade, et le chien fugue.

L’univers est sans dessus-dessous, et ça s’est fait si soudainement, si doucement… c’est si gentiment cruel ; que faire ? Le protagoniste, porté par la conviction que, s’il retrouve Rubens, il retrouvera Cali, part en quête de son vieux chien, qui a suivi sa balle rouge, emportée par le courant. D’étape en étape dans cette recherche de plus en plus délirante, de fantaisie intime en prière silencieuse, le narrateur insuffle la vie au récit, une vie foisonnante et magique.

Un roman d’une grande originalité, porté par une langue unique ; un thème fort traité avec une infinie délicatesse, et un esprit d’un humour et d’une générosité contagieux.

Les plus :

  1. Un traitement original la maladie. Le relatif détachement du narrateur de toute la terminologie médicale, ainsi que la recherche parallèle de son chien, offrent une approche inhabituelle… vraiment appréciable. Là où la littérature ado a tendance à faire dans le drame et les grands sentiments (certes parfois de façon superbe cf. Jean Vert), ici, c’est à la fois très simple et très… tendre.okay tfios john green
  2. Un symbolisme magique constant qui permet une lecture tout en délicatesse. Qu’il s’agisse des jeux des jumeaux, des prières chiffrées du narrateur, ou bien sûr de la quête du chien, on ne perd jamais de vue le fait que tout cela ne vise qu’à un retour à la normal rêvé, celui d’une Cali revenue à la maison.
  3. Un style humoristique riche, que l’on ressent dans les images souvent improbables et irrévérencieuses, le goût pour les situations absurdes, les formules acidulées, et le jeu sur le langage. C’est vraiment ce que je préfère chez cet auteur, sa plume très personnelle, décalée, un peu perchée.
  4. rantanplanDes personnages attachants : le narrateur, sorte de Rantanplan dans l’ombre de sa Lucky-Luke de soeur, a le charme des rêveurs dépassés par les événements, sans être dénué de cette force motrice qu’est son amour entier, doux, moqueur, inconditionnel, envers Cali. Le trio qu’ils forment, lui, elle, et le chien, est un cocon précieux dans lequel on aimerait se glisser.
  5. Une galerie de personnages secondaires colorés et mémorables. Les médecins, mais aussi et surtout les témoins de la progression du chien le long de son périple improbable offrent un panel extra. Les parents aussi, tout juste esquissés, sont très réussis.

Les moins :

  1. Le langage « perso » des jumeaux ne marche pas toujours bien.
  2. Une temporalité pas assez (ou trop) claire : on se demande pourquoi le protagoniste ne retourne pas chercher son chien aussitôt après avoir récolté un indice, pourquoi il laisse ainsi passer du temps…
  3. Pas convaincue par la couverture 😦

    Alors que j’avais adoré celle de Prends ta pelle (la trichromie hyper contrastée dans un tracé bien net et un dessin très imaginatif), là, je suis un peu perplexe : l’harmonie couleurs est cool, mais les motifs et le mouvement, je ne suis pas sûre de les trouver adaptés. Meh.cool-meh-gif-145

À quoi ce livre m’a fait penser ? Un peu à un mélange de tout ça :

 

En deux mots : L’Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle, de Hervé Giraud, est un très beau roman, à la personnalité singulière. Le traitement qu’il fait de la maladie* est unique, fin, poétique, symbolique. La force de cet auteur est vraiment sa langue infiniment imagée, son ton drôle et décalé et, ici tout particulièrement, son optimisme enfantin. « La vie continue ! »

Bonne lecture,

Lupiot

Lupiot


* On voudra le mettre sur l’étagère « sick-litt » (combien je déteste cette expression XD) ou « résilience » en V.F., à côté de la ribambelle d’autres titres qui se sont engouffrés dans le sillon derrière TFIOS (The Fault In Our Stars ou Nos Étoiles contraires en V.F.)

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3 réflexions sur “Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle, d’Hervé Giraud (2016)

  1. Je viens de le lire et je me suis posée les mêmes questions que toi par rapport au temps que le garçon laisse passer. Pourquoi ne pas continuer sa route après la rencontre avec l’éclusier ? Pourquoi rebrousser chemin et refaire le trajet des jours (des semaines ?) plus tard au lieu de poursuivre sa quête ? Pas compris… (Surtout que le chien pouvait potentiellement continuer à s’éloigner encore et toujours.)

    Aimé par 1 personne

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