Bouche cousue, de Marion Muller-Colard (2016)

Aujourd’hui, je vais vous parler de — non, je vais tout juste évoquer, tout juste effleurer — ce roman paru hier dans la collection Scripto de Gallimard Jeunesse, Bouche cousue.

bouche cousue marion muller-colardC’est l’histoire d’Amande — née Amandana, 2e génération d’immigration italienne — dont la vie adolescente au lavomatic familial ressemble au linge propre et doux, parfaitement rincé, essoré, séché, plié, repassé, avec rien qui dépasse et un air de sent-bon. Elle étouffe un peu, Amande. Elle étouffe complètement, même, entre son père silencieux, sa mère control-freak old-school, sa sœur aînée aux allures de petite fille modèle, et et et… elle-même. Elle s’étouffe dans ses émois qu’elle ne comprend pas et ne contrôle pas.

Parce qu’elle vient de tomber sous la fascination d’une fille de sa classe, et cette délicieuse excitation toute neuve lui fait voir la vie autrement, un peu. Elle parvient à s’extraire de la javelisation familiale et trouve le soutien bienveillant de ses voisins, un couple qui lui fait découvrir que le rire peut aussi se jouer en famille.

On vit un grand flash-back (dans un roman court), comme une parenthèse dans la vie d’Amande, qui voit son neveu se récolter une claque magistrale pour avoir embrassé un garçon. Alors, comme un cadeau, elle lui livre son histoire.

C’est un roman d’une grande délicatesse, dans une langue sublime. Un roman intime et beau, à lire avec une tasse de thé chaud, à l’abris des intempéries.

vintage animated reading

Car ce n’est pas forcément un roman réconfortant.

Ce n’est pas si souvent que les amoures homosexuelles sont… féminines, et elles se racontent, j’ai cru le remarquer, très différemment. Moins tragiques, moins explosives, plus langoureuses, silencieuses. Évidentes. Et, souvent, plus tristes. Question d’habitude dans la littérature jeunesse, qui va sûrement bouger un de ces quatre.

Ce n’est pas Aristote et Dante ou Two boys kissing ; encore moins Will & Will. C’est Bouche cousue, parce que l’amour entre filles, aussi sensible et sensuel qu’il soit, apparemment, quand on est ado, on n’a pas le droit de le faire, de le penser ou d’en parler.

 

Bouche cousue, dans toute sa beauté musicale (on est porté par Purcell tout au long de la lecture) et rythmique (le roman bat comme les tambours des machines du lavo), semble nous dire que la seule tragédie dans cette histoire, c’est d’en avoir fait une parenthèse. Faut pas s’arrêter d’aimer quand on se prend une claque.

À découvrir,
(bonne lecture),

Lupiot

Lupiot

Bouche cousue, de Marion Muller-Colard, chez Gallimard Jeunesse, 2015, 114 pages

Une très belle chronique de ce titre est parue dans Libération.

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