Plus de morts que de vivants, de Guillaume Guéraud (2015)

Ce roman est ma première rencontre avec l’auteur Guillaume Guéraud, un auteur que ma cops Anahita aime beaucoup* et qui m’a, je dois l’avouer, complètement bluffée.

plus de morts que de vivants guillaume guéraud rouerguePlus de morts que de vivants est un huis-clos sous haute tension dans un collège du xve arrondissement de Marseille où s’est déclaré, le matin du dernier jour avant les vacances, un virus inconnu et foudroyant. Cela commence par un ridicule saignement de nez chez l’un, une mèche de cheveux qui tombe chez l’autre, ou encore, quelques boutons innocents sur un poignet. Depuis la marche dans le froid glacial de février, le vendredi matin, où les lèvres gercées côtoient les grippes et gastro en rémission, jusqu’à la levée de l’alerte sanitaire le dimanche matin, on suit l’évolution de la situation catastrophique au collège Rosa Parks, où les élèves tombent comme des mouches.

Les plus :

  1. La langue jeune, rythmée et très imagée, de l’auteur. Ses mots nous collent à la peau comme la sueur froide des personnages, et nous élèvent tout à la fois.
  2. La construction. La construction du récit est parfaite. Faisant appel à des formes et des points de vue variés, Guillaume Guéraud nous cartographie le collège et l’insaisissabilité du virus avec une précision millimétrée. Depuis les bulletins d’information radiophoniques, qui réagissent avec beaucoup de retard et ancrent ainsi mmédiatement le récit dans la réalité, jusqu’aux nombreux extraits de conversations téléphoniques entre le directeur de l’établissement et le rectorat d’un côté, le chef du SAMU sur place et celui des urgences de l’hôpital d’un autre, en passant par les échanges par walkie des agents de polices avec leurs supérieurs, tout est conçu pour diriger notre peur.paranoia gif
  3. Un autre élément de construction que j’ai beaucoup apprécié est la pluralité des protagonistes, ce qui en fait presque un roman choral (bien que la narration soit à la troisième personne). Chacun a, chevillé au corps, un caractère unique et (souvent) riche en défauts. Pour autant, ils sont vite attachants, ce qui contribue à l’angoisse de les voir succomber à leur tour au virus. (Car l’auteur n’épargne personne.)
  4. Le rythme est excellent. Sans nous laisser le moindre répit, il ne recourt pas non plus à des stratagèmes poussifs pour nous cliff-hanger en fin de chapitre. Malgré un départ in medias res, l’auteur prend le temps de nous faire connaître ses personnages, à coups de dialogues et de petites analepses (= flash-back), ce dont nous lui sommes infiniment reconnaissants. Il use aussi généreusement d’un procédé que j’ai évoqué dans ma chronique de La Boutique Vif-Argent (où c’est plutôt raté) : la prolepse bien dosée. Avec des phrases du type « Il avait raison de l’embrasser comme si c’était la dernière fois, car le virus n’en avait pas fini avec eux », il nous crée des angoisses pas possible (nb : il est plus habile que moi, j’invente un exemple pour ne pas spoiler).

Les moins :

  1. Hmm…Je ne sais pas. C’est gore ? Il y a un côté « film de zombies » dans les descriptions riches en fluides et miasmes de toutes sortes. La violence du virus est très visuelle. J’ai plutôt apprécié cet aspect mais, oui, c’est ultra gore.gore eye scary

Ce roman a été listé parmi les pépites du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil (dont je parle ici). C’est un excellent choix, et je vous invite à vous flanquer une auto-frousse de tous les diables en le lisant à votre tour.

Bonne lecture,

Lupiot

Lupiot Allez Vous Faire Lire

Plus de morts que de vivants, de Guillaume Guéraud, chez Le Rouergue, 2015, 251 pages


* Vous pouvez retrouvez es chroniques d’Anahita sur plusieurs romans noirs de Guillaume Guéraud aux liens suivants :

  1. Je mourrai pas gibier
  2. Déroute sauvage
  3. Plus de morts que de vivants
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7 réflexions sur “Plus de morts que de vivants, de Guillaume Guéraud (2015)

  1. Coucou Lupiot !
    Je pense que je vais lire ce livre 🙂
    L’histoire m’emballe, ça a l’air d’être intense. Si les personnages, le rythme et la construction sont très bien écrits, Plus de Morts que de Vivant a tous les ingrédients nécessaires pour me plaire.
    Ton seul point négatif ne me dérange pas, au contraire, je n’ai jamais lu de gore en littérature, je suis curieuse de voir ce que ça donnera 😉

    Aimé par 1 personne

      • Je te conseille vraiment de lire d’autres livre de Guillaume Guéraud. Ils sont tous différents, GG ne refait jamais deux fois le même livre. Leur seul point commun, c’est l’écriture qui est toujours travaillée.
        Pour moi, Plus de mort que de vivant est surement « LE » roman de 2015

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        • Merci pour ton conseil ! J’avais dû laisser échapper mon intérêt pour cet auteur car j’ai reçu deux de ses livres en cadeaux pour Noël. Ton commentaire attise vraiment ma curiosité.

          J’ai eu de plus gros coups de coeur cette année, mais Plus de morts que de vivants est en tout cas, à mon avis, au-dessus de Stone Rider, qui l’a devancé pour le prix du roman ado européen à Montreuil. (Mais les Prix sont souvent un mystère, et on devrait se contenter de se réjouir pour le vainqueur.)

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  2. C’est un livre radical, en surtension ! Le huis clos dans le collège était vraiment cool. Nous visitons plusieurs parties de l’établissement, au fil des pages j’y voyais mon propre collège en proie à cette terrible épidémie. Et puis qui n’a jamais cauchemardé d’être enfermé et retenu de force après les cours XD ?

    Le gore ! Et bien j’ai plutôt bien aimé, je suis surprise que ce type d’écriture m’ait autant affecté. Le cocktail entre les mots gores de Guillaume Guéraud et notre imagination marche vraiment bien.

    L’écriture, hors l’aspect gore, est crue et directe, elle correspond parfaitement bien à ce qui est raconté. La dimension temporelle est très détaillée, ça donne un petit côté journal intime, c’était cool.

    Au niveau de l’histoire, j’ai été un peu déçue sur un point : de manière générale, je trouve que le scénario n’évolue pas beaucoup : les événements s’enchainent, en crescendo, mais sans beaucoup de surprises, je ne voyais pas vraiment où ça allait nous mener… mais l’acte final (les 30 dernières pages) rattrape le coup je trouve.
    Les petites histoires internes, qui tournent autour de la galerie de personnages, sont sympas et fait le charme du livre (les amis, les couples, les frères et sœurs, les solitaires).
    Un petit jeu drôle à faire est de choisir un seul personnage dès le début du roman et espérer qu’au moins celui-ci arrive à tenir jusqu’à la fin ! (Je suis déçue, mon personnage favori n’a pas survécu à la catastrophe XD )

    Un livre qui je ne vais pas oublier de sitôt 😉

    Aimé par 1 personne

    • C’est marrant que la fin t’ait en quelque sorte réconciliée avec la structure du livre (le scénario « survivor » en quelque sorte) parce que pour ma part, je trouvais le scénario rondement mené (classique ok mais excellement géré) et c’est la dernière phrase (pas la fin globalement, mais vraiment la dernière phrase) qui m’a un peu déçue. Il y a, me semble-t-il, des conséquences directes et hyper intrigantes à développer.

      Mais SUPER roman. Pas non plus mon genre habituel, mais j’ai adoré !

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      • Un rythme intense où tout s’enchaîne très vite, mais avec une structure monochrome. Disons que je trouvais que les personnages subissaient un peu trop et n’agissaient pas assez. C’est surtout à la fin que des initiatives apparaissaient.

        La toute fin ne m’avait pas dérangé mais maintenant que tu fais la remarque, c’est vrai qu’il y avait matière à exploiter son potentiel jusqu’au bout.

        Cela reste un livre rafraichissant et plaisant à découvrir 🙂 !

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