Entretien avec Madeline Roth

À l’occasion de sa deuxième interview, le blog accueille la passionnée et passionnante Madeline Roth, auteur d’À ma source gardée, mon coup de cœur de cet été.

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madeline roth portraitNée en 1979, Madeline Roth est une amoureuse des livres. C’est sans doute pour cette raison qu’elle est libraire à Avignon depuis 2001 — presque 15 ans ! — et qu’elle ne se lasse pas de ce beau métier. À L’Eau Vive, écrin consacrée à la littérature jeunesse, elle découvre et fait découvrir chaque jour les perles du rayon. Une fois par semaine, elle joue les conteuses en accueillant les enfants dans sa librairie pour leur lire des histoires. Et, régulièrement, elle signe des articles dans des revues spécialisées comme Citrouille ou Parole. Elle tient également une chronique radio sur France Bleu intitulée « Tourne les pages », dans laquelle elle partage sa passion.

Aujourd’hui, c’est avec nous qu’elle le fait !

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Pour lire ma chronique d’À ma source gardée, c’est par ici !

Lupiot : À ma source gardée, votre premier roman, paru chez Thierry Magnier en 2015, évoque de façon tendre et brûlante, brute et lancinante, un amour adolescent. On y (re)trouve l’intensité de ces relations faites de non-dits et de projections, qui mènent à des drames d’une beauté et d’une violence similaires. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire cela ? (Nb : Je fais de mon mieux pour ne pas spoiler l’élément-clé)

Madeline Roth : Je pense que j’ai commencé à écrire, à l’adolescence, dès lors que je n’avais pas d’autre prise possible sur le réel. Je lisais beaucoup, déjà, et je pouvais transformer ce que je vivais (ou ne vivais pas, aussi !) en textes. Il est arrivé quelque chose dans ma vie qui m’a rendue triste, et j’ai pensé que j’allais en faire un texte. Sans trop savoir où j’allais. Pour trouver des réponses, peut-être…

Lupiot. : J’ai été particulièrement étonnée de l’efficacité avec laquelle on retrouve ses élans adolescents à la lecture de ce roman. Comment avez-vous fait ? Avez-vous une ligne directe avec votre moi passé ? Un extrait distillé des tripes de vos 15 ans avec lequel vous alimentez votre logiciel de traitement de texte ? Un Retourneur de temps ?

Madeline Roth : Elle est géniale cette question ! Et c’est difficile d’y répondre. Chez moi, il y a une phrase d’Ursula Le Guin, dont j’avais adoré, adolescente, Loin, très loin de tout. La phrase dit : « Un adulte créatif est un enfant qui a survécu ». Les premières émotions, dont on pense ne jamais se remettre, on les vit enfant, adolescent, et on en porte la trace. J’ai vécu des choses très fortes à l’adolescence, comme beaucoup de gens, et je n’ai rien oublié. Alors oui, peut-être que je n’ai qu’à appuyer sur un bouton pour retrouver ce que j’éprouvais alors, mais j’ai la sensation que ce n’est pas loin, jamais.

Photo de Marian Wood Kolisch, poisson de Teresa*

Photo de Marian Wood Kolisch, poisson de Teresa*.

Lupiot : À ma source gardée est d’une grande délicatesse émotionnelle. À mi-chemin entre le flot de pensée et la narration, il se lit, par moment, comme un poème. Son langage et sa forme en font un roman assez inattendu en Jeunesse, et sa brièveté le rend, à mon avis, très équilibré. Comment cette combinaison est-elle née sous votre plume ?

Madeline Roth : je ne sais pas écrire de romans longs ! Ça viendra, peut-être. Mais j’ai écrit À ma source gardée presque d’une traite. Sans presque rien corriger par la suite, non plus. J’ai attendu la nécessité, le moment où je devais l’écrire, et je l’ai écrit, dans un souffle. Et c’était… épuisant ! Il aurait fallu pouvoir tenir, physiquement, sur la durée, si le texte avait été plus long. On souffre dans son corps, dans l’écriture. C’est très physique, l’écriture. Ça épuise.

Lupiot : Comment avez-vous vécu la publication de votre texte ? Fut-ce une bonne expérience d’édition ?

Madeline Roth : Bien sûr. J’étais enchantée. Je le suis toujours. C’est un très vieux rêve ! J’ai dû envoyer mon premier texte à une maison d’édition à 15 ans. Ça s’appelait « Dilemme ». Et c’était aussi une histoire d’amour, évidemment. Ensuite, je l’ai peu fait, mais le rêve était là. J’ai croisé de belles personnes qui m’ont dit de continuer. Et que ce texte soit publié aux éditions Thierry Magnier, dont j’admire les choix, compte aussi beaucoup pour moi.

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Lupiot. : Vous êtes libraire à Avignon (dans une librairie spécialisée dans la Littérature Jeunesse, L’Eau Vive), et à présent, vous voilà également écrivain publié. La question qui vient, adressée à quelqu’un qui, comme vous, baigne autant dans le monde des livres, vous frustrera sans doute par son caractère trop général (il est souvent délicat de retranscrire fidèlement sa passion lorsqu’elle est très profondément ancrée en soi), c’est donc avec un peu de perversité, mais je vous l’assure, beaucoup d’empathie, que je vous la pose : Quel est votre rapport au livre ?

Madeline Roth : Waouh. J’ai combien d’heures ?

Alors. Ma mère nous a toujours lu beaucoup de livres. Je lui piquais des livres dans sa bibliothèque, à l’âge où les livres que je piquais n’étaient sans doute pas vraiment pour moi. L’autre jour je suis tombée sur une photo d’une actrice, je crois, qui lisait « Mémoires intérieurs » de François Mauriac. Je me souviens très précisément de l’année où je l’ai lu. J’étais en seconde. Ce n’est pas si jeune, mais je pense que c’est une chance inouïe, d’avoir toujours eu cette soif, cette curiosité.

Je voulais travailler dans l’édition. Mais je ne voulais pas vivre à Paris. Actes Sud, à Arles, c’était mon rêve… Je n’en suis pas très loin, finalement… j’ai commencé en librairie, jeunesse, parce que j’adorais ça, et j’ai eu l’immense chance de tomber sur L’Eau Vive, que je n’ai jamais quittée, depuis 15 ans. Je n’ai pas envie d’être ailleurs. C’est une sorte de deuxième maison. Remplie de livres et d’enfants.

Lupiot : C’est votre premier roman publié, mais on devine qu’il ne s’agit pas votre première expérience d’écriture. À quoi faîtes-vous remonter votre naissance d’écrivain ? Plutôt maladie génétique, révélation mystique, contagion ?

Madeline Roth : Ma mère était journaliste, alors oui, génétique et contagion, sans aucun doute. Ensuite, je présume que je souffre depuis toute jeune d’une maladie terrible, et incurable, qui s’appelle le romantisme. Et comment, autrement qu’en lisant, en écrivant, on se guérit de cela ? S’il fallait s’en guérir… En lisant, vous vivez mille vies. En écrivant, vous pouvez arranger la réalité. C’est un super pouvoir. Je crois.

Lupiot : Avez-vous en tête les œuvres littéraires qui ont marqué votre vie de lectrice et d’écrivain ? Certaines rencontres littéraires vous ont-elles particulièrement influencée ?

Madeline Roth : Le premier « choc », je le sais très bien, c’est 37.2 le matin philippe djian coup de coeur madeline roth« 37,2 le matin » de Philippe Djian, à 14 ans. Je n’ai vu le film que bien plus tard, à 20 ans. Betty, c’était moi ! Le monde trop petit pour elle… Ensuite, je crois que quelqu’un qui a compté, dans un tout autre genre, c’est christian bobinChristian Bobin, plus tard, vers 22 ans. Sa poésie, son souci des petites choses, de la lumière. Et, plus tard encore, Marguerite Duras. Son écriture me bouleverse. Elle a inventé quelque chose d’insensé. Quelque chose du corps, des cris, je ne sais pas…

marguerite duras

Lupiot : Quel rapport entretenez-vous avec votre texte fini ? « Vole, petit oiseau, vole ! » ou bien « Merlin. Espérons qu’ils ne verront pas les traces de brûlures, les bandages et les crevasses… si seulement je pouvais encore mettre du baume ici ou là !… »

Madeline Roth : Vole, plutôt ! J’ai très peu retouché le texte une fois écrit. Mais les choses changent… Celui que je suis en train d’écrire, je le retouche beaucoup. Alors même qu’il n’est pas fini… Il y a sans doute des maladresses dans A ma source gardée. Mais je n’ai jamais aimé les choses lisses. Les crevasses, ça me va. Que le lecteur s’en empare, après.

Lupiot : Avez-vous un nouveau projet de roman, voire plusieurs ? Ou bien attendez-vous votre muse ?

Madeline Roth : J’ai un nouveau projet, oui. Mais à l’heure actuelle, je ne peux pas encore en parler. Bientôt, j’espère… Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai enfin le sentiment de « travailler ». De passer du temps. « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ». Ma mère m’a toujours dit ça. Eh bien là, j’y suis.

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Lupiot : Quels conseils donneriez-vous à des écrivains en herbe ?

Madeline Roth : Voilà ! Celui-là ! Et lire, évidemment. Lire. Et puis j’ai eu la chance qu’on me dise, assez tôt, il y a dix ans peut-être, que j’avais « une voix ». Travailler sa voix.

Lupiot : Si vous deviez résumer votre activité d’écrivain en un GIF ?

Madeline Roth :gif madeline roth

Lupiot : Merci infiniment d’avoir pris le temps de partager avec nous votre univers et votre expérience d’auteur.
*Prend une pose élégante de speakerine pour Antenne 2* C’était l’étonnante et talentueuse Madeline Roth. Je vous invite à découvrir À ma source gardée, son premier roman d’une grande sensibilité, paru chez Thierry Magnier en 2015.

À bientôt pour de nouvelles découvertes,

Lupiot

Lupiot Allez Vous Faire Lire


* Le petit poisson fait à partir d’une empreinte de main, que j’ai utilisé pour le graphisme de la citation d’Ursula Le Guin, est de Teresa, et trouvable ici.

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