Relecture Harry Potter : 2. La chambre des secrets, de J. K. Rowling (1998)

Je poursuis ma relecture « avec un œil adulte » des Harry Potter. J’avais redécouvert avec bonheur le tome 1, L’école des sorciers, que je n’avais pas lu depuis 7 ans. Pour le tome 2, c’est encore plus lointain, car ça remonte à mes 14 ans (il y a 11 ans donc !), à l’époque où je relisais les trois premiers volumes en boucle (telle une dangereuse monomaniaque) en attendant la sortie du quatrième.

Chroniques des relectures :
1. L’école des sorciers
2. La chambre des secrets (ici)

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Alors, Harry Potter et la chambre des secrets, comment c’est ?

Resituons…

Dans l’École des sorciers, Harry Potter a découvert le monde de la magie.

Mais pourquoi qu'elle nous met les couvertures américaines ?...

Mais pourquoi qu’elle nous met les couvertures américaines ?…

Tout n’a pas été rose, puisqu’il a dû affronter l’assassin de ses parents, le mage noir Voldemort qui se donne lui-même du « Lord » et est tellement sympathique que personne n’a envie de prononcer son fichu nom. Cet énergumène glaçant que l’on croyait mort et ultra-mort est en fait… spectral et ultra-bizarre ? On ne sait pas trop quel est son problème, mais il semble ne pouvoir vivre que sous forme parasitaire, en s’accrochant à quelque chose ou quelqu’un. À suivre.

Malgré cette rencontre inopinée et légèrement traumatisante, Harry a été véritablement heureux à Poudlard, où il s’y est fait une paire d’amis de première qualité, Ron & Hermione, et où les cours de magie, les créatures fantastiques, les mystères, les banquets, et les matchs de quidditch, l’ont convaincu que c’était l’établissement scolaire le plus frapadingue et dangereux du monde un véritable foyer pour lui.

Voilà où on en est au début de La chambre des secrets. 

...Parce que ce seront bientôt les couvertures françaises, lors de la prochaine réédition chez Gallimard Jeunesse ! Ne sont-elles pas irrésistibles ?

…Parce que ce seront bientôt les couvertures françaises, lors de la prochaine réédition chez Gallimard Jeunesse ! Ne sont-elles pas irrésistibles ?

Hélas, trois fois hélas, Harry a été contraint de s’en retourner la mort dans l’âme chez les Dursley pour les vacances d’été, où il est malheureux comme les pierres. Et cette année commence mal : d’abord, une petite créature magique répugnante du nom de Dobby, elfe de maison, vient lui causer des ennuis, poussant les Dursley à l’enfermer Harry et le maltraiter un peu plus que d’habitude. Ensuite, enfin libéré, Harry manque le train pour Poudlard, car quelqu’un a bloqué la barrière à son intention. Accompagné de Ron, il parvient néanmoins à rejoindre l’école en voiture volante (en s’écrasant au passage sur le seul arbre du domaine qui rend les coups, et qui entreprend consciencieusement de leur casser la figure à coups de branches) où il manque aussitôt de se faire renvoyer. Enfin, un danger plus grand encore que les précédents se glisse dans les murs de Poudlard.

Des élèves se font agresser par une force mystérieuse, que personne n’a vu, mais qui serait issue de la légendaire chambre de secrets. Pire que tout, après une série de coïncidences effrayantes, on suspecte Harry d’être l’auteur des agressions. Tout le monde le déteste (chouette ambiance) et notre petit héros en vient lui-même à s’interroger sur ses origines et sur sa véritable nature (#angst).

harry potter muppet angst

Si vous ne connaissez pas les Harry Potter Puppet, rendez-vous en bas de page*

Avec l’aide de Ron et Hermione, démasquera-t-il le véritable malfaiteur avant qu’il soit trop tard, pour lui et pour les autres élèves ?
(SPOILER : oui.)
(SPOILER (bis) : Et le malfaiteur était le même que la dernière fois, Voldemort sous forme spectrale ultra-bizarre. À suivre.)

Mon avis : une lecture dans l’ensemble agréable mais qui me conforte dans mon idée que ce tome est le moins bon des 7.**

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  • Les « – » :

1. Le rythme. (Ou, plus exactement, les répétitions et lourdeurs).
Dans mon souvenir « enfantin », je m’ennuyais terriblement tant qu’on n’avait pas rejoint le monde sorcier (Poudlard, ou bien les Weasley), or, à la relecture du tome 1, j’ai eu l’agréable surprise de découvrir un univers moldu plein de finesse de style, de fantaisie et d’humour, et j’ai passé un très bon moment chez les Dursley. Ce n’est pas le cas ici. On n’arrive pas à Poudlard avant une centaine de pages et, surtout, la narration n’est pas aussi enlevée. Elle est extrêmement appesantie par les répétitions que l’auteur se sent obligée de faire.

Celles-ci ont pour but, bien sûr, de permettre au lecteur de prendre l’histoire en route s’il n’a pas lu le tome 1. À la mode Club des Cinq ou Le Petit Nicolas, par exemple, elle nous présente à nouveau les personnages et leur univers. Cela peut être fait plus ou moins habilement. (Habile : Le Petit Nicolas. Balourd : Le Club des Cinq)***.
Mais en vérité, l’erreur, dans Harry Potter, c’est de faire ces répétitions tout court

harry potter really dont care

« Harry était petit et maigre, avec de grands yeux verts étincelants et des cheveux d’un noir de jais qu’il n’arrivait jamais à coiffer. Il portait des lunettes rondes et une mince cicatrice en forme d’éclair marquait son front. »

En effet, on n’a pas besoin de remonter le décor de la pièce : il est déjà installé. Car contrairement aux Club des Cinq ou aux Petit Nicolas, qui sont des épisodes indépendants pouvant se lire dans le désordre, les Harry Potter forment une série chronologique. Il peut être pertinent de rappeler en passant certains détails utiles à l’intrigue, mais franchement, insérer une « récap générale » dans les premiers chapitres (et même pendant certains cours à Poudlard) est infiniment lourd. Et inutile, donc, puisqu’on a lu le volume précédent.

Mais pourquoi J.-K.-Rowling-notre-déesse fait-elle cela, alors ? Idées en vrac :
-maladresse ;
-définition flottante de la série sur ses débuts ;
-habitude de lecture de séries épisodiques ;
-ça se faisait, à l’époque (ce sont les années 90, les enfants !) ;
-demande de l’éditeur, pour élargir le public.
Cela peut être une combinaison de plusieurs éléments, voire de tous.
Le rythme est donc inégal, et on rame un peu au début.

2. Le deuxième moins, qui se manifeste de façon hallucinante dans ce tome, est la proportion de Harry à toujours se trouver exactement au bon endroit au bon moment pour surprendre les conversations utiles. C’est une facilité récurrente du genre policier qui me fatigue un peu.

3. Le dernier moins (très personnel) : DOBBY. Je ne supporte pas Dobby. Ce personnage m’est épidermiquement agaçant.

annoying dobby

Si je chope cette lampe, je te préviens, je t’estourbis avec.

  • Les « + » :

1. Les Dursley sont drôlissimes. Vraiment, la relecture « adulte » de cette série vaut le coup rien que pour les Dursley. Sautez les paragraphes de « résumé » et délectez-vous des scènes de ménage du 4, Privet Drive. C’était pourtant le passage qu’on lisait à toute vitesse la première fois : on avait hâte de quitter ces poisons pour retrouver la magie de Poudlard. Mais, honnêtement, Dudley qui dit « Nous avions une dissertation à écrire à l’école sur notre héros préféré, et c’est vous que j’ai choisi… », c’est impayable. (Ici, Dudley fait de la lèche auprès d’un client de son père). Le second-degré est omniprésent et délicieux.

GILDEROY LOCKHART. Ce personnage est splendide. Tellement imbu de lui-même que son égo pourrait alimenter la Stark Tower.stark tower tony stark iron man avenger Toutes ses apparitions sont un régal de drôlerie. (Et le pauvre Harry, que Lockhart a pris sous son aile, ne sait plus comment s’en dépêtrer.)

Ron Weasley est égal dans sa génialitude. C’est, jusqu’ici, le personnage le plus équilibré : très humain en terme de qualités et de défauts, il est à la fois bourrés de préjugés, d’angoisses, d’humour, et de bonté naturelle. C’est une perle. Je suis totalement passée à côté de ça quand j’étais plus jeune.

Vous l’aurez compris par ces trois exemples, donc, la caractérisation et l’humour sont, toujours, les qualités principales de l’écriture de J. K. Rowling. Cette caractérisation est aussi assez fine en ce qui concerne (SPOILER ALERTE) Tom Riddle, a.k.a. Lord Voldemort.

2. La construction est plutôt bien faite sur ce tome là. Et, dans l’ensemble, J.K. Rowling est une spécialiste du « burried knife » au fil du texte (en vf : le couteau enterré) que l’on déterre à la fin en se disant « Bon sang, mais c’est bien sûr ! ».bon dieu mais c'est bien sûr raymond souplex
Même lorsqu’elle balance le réalisme par la fenêtre comme cela lui arrive occasionnellement (on en reparlera dans ma critique du tome 4), elle reste cohérente au sein de son scénario. Ainsi, tout au long de La Chambre des secrets, on entrecroise les éléments de la résolution, qui prennent sens dans l’esprit de Harry et la bouche de Dumbledore à la fin.
À l’échelle de la série, cela se note dès le premier chapitre de L’école des sorciers, qui contient certains éléments clés du tome 3 et du tome 7.

3. Les thématiques sociales qui apparaissent. filthy mudblood dracoDans le tome 1, on entrevoit tout juste que certains sorciers dits de souche pure s’estiment supérieurs à ceux d’ascendance moldue ; dans le tome 2, on va dans le fond des choses, puisque Draco nous lâche le terme de Sang-de-bourbe, et que la dichotomie sang-pur / sang-mêlé est à l’origine de la dispute ayant poussé Salazar a créer sa fameuse Chambre (cosy & délicate idée). Dobby, pour autant que je le déteste, est lui aussi un moteur de la remise en question des préjugés.

4. Le Journal. C’est terriblement fascinant, cette histoire. Un Journal dans lequel on écrit, et qui vous répond ? C’est une merveilleuse invention. La source de son intelligence en est une autre. Et la cohérence que tout cela aura avec la fin de la saga, encore une.tom riddle's journal

Remarques gratuites :

  • Les Dursley sont des monstres. (Et moi aussi, quand j’étais petite.) Sérieusement, je n’en avais rien à cirer de leurs mauvais traitements, lors de mes premières lectures : ils étaient injustes, certes, mais ils étaient aussi un peu ridicules et, l’un dans l’autre, je ne les associais pas vraiment à des méchants. Mais il suffit de relire les premiers chapitres des tomes 1 & 2, où notre petit balafré international est littéralement affamé, ignoré, enfermé, psychologiquement harcelé (quand il n’est pas tout simplement battu) pour écarquiller les yeux d’épouvante. WTF, Albus. Un placard humide à Poudlard aurait été un foyer d’accueil tout aussi sûr et plus accueillant.dursleys assholes trouducul
  • Draco est une peste. Il est si bien tourmenté sur la fin de la série que l’on en oublie à quel point il est odieux au début. C’est la terreur de récré de vos années de collège : un manipulateur charismatique, mauvais et nombriliste, qui prend plaisir à vous ruiner l’existence. C’est vraiment une sale bête. (Je l’aime beaucoup.)
  • Harry n’est pas si idiot. Je ne sais pas pourquoi on a souvent l’impression que Harry est à la traîne de Hermione. Il n’a certes pas la bibliothèque de connaissances qu’elle a emmagasinées, mais il a l’esprit vif et de bonnes capacités de déductions. C’est un malin en plus d’avoir la répartie aiguisée et le cœur généreux. En fait, ses faiblesses sont toutes le fait de son tempérament nerveux. Il est facilement colérique et émotif, rapidement touché par les sentiments d’abandon, injustice et trahison. (Ce qui est assez compréhensible puisque, encore une fois, il a grandi malmené par un trio qui s’essuyait constamment les pieds sur son petit cœur).

    Portrait de Harry par Jim Kay dans la nouvelle version illustrée de L'école des sorciers. (Magnifique *.*)

    Portrait de Harry par Jim Kay dans la nouvelle version illustrée de L’école des sorciers. (Magique)

En conclusion : sentiment mitigé à la relecture de ce volume. J’ai été si émerveillée par ma redécouverte de L’école des sorciers que je suis plutôt déçue de celui-ci. Les pages se tournaient mieux sur la deuxième moitié du livre, et dans l’ensemble, c’est resté une lecture très agréable (faut pas déconner), mais ce tome-là n’est pas d’aussi grande qualité.

Je vous dis au mois prochain, pour le tome 3 ! Vous pouvez me rejoindre dans mon défi de relecture, voire les chroniquer en parallèle, si ça vous dit. (Ça me botterait bien.)

D’ici-là, bonne lecture,

Lupiot

Lupiot Allez Vous Faire Lire

 

 

 


* Les Harry Potter Puppet sont des vidéos stupides mettant en scène les personnages de la saga sous forme de marionnettes. Ma préférée : The mysterious ticking noise.

**La dernière fois que j’ai osé dire ça, le tome 2 a littéralement disparu de chez moi par caprice. Cette fois-c je le surveille.

*** Comme je disais, lorsque l’on entend replonger son lecteur dans un univers, et donc, faire des répétitions volontaires, il y a des moyens plus ou moins habiles de le faire :

-Pour que la lecture soit agréable, il faut non pas dire mais montrer (règle d’or #1). Par exemple (dans Le Petit Nicolas) ne pas dire « Alceste était gros et gourmand » mais raconter Alceste s’empiffrant pendant la classe. J. K. Rowling le fait très bien pour les Dursley en nous faisant vivre page à page leur épouvantable caractère, et ça, c’est vraiment réussi. Mais en ce début de tome 2, elle le fait très mal pour tout le reste : Harry, Poudlard, Voldemort, la magie, etc.

-Pour que l’histoire (et la série) ne s’enlisent pas, il faut, lorsqu’on présente à nouveau les héros et leur environnement, le faire chaque fois de façon un peu différente. Par exemple, si on a déjà évoqué Alceste s’empiffrant pendant la classe dans le volume précédent, le présenter cette-fois ci en le faisant dépenser tout son argent de poche dans les madeleines, pour nous faire comprendre à quel point il est gourmand. Je prends l’exemple du Petit Nicolas qui est parfait en la matière : les histoire font toujours apparaître les mêmes personnages, et pourtant, on découvre chaque fois de nouvelles choses à leur sujet, ce qui permet de rester dans le même univers tout en l’approfondissant. J. K. Rowling fait ça très bien… quand elle veut. Le début du tome 2 est encombré d’énormes répétitions de formules et de narration par rapport au tome 1, et il n’est pas impossible (selon mon souvenir) que ce soit également le cas dans les tomes 3 et 4.

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