Prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvants, d’Hervé Giraud (2015)

Je découvre Hervé Giraud avec ce titre et suis totalement séduite par son style. Fureur des mots, fantaisie de l’esprit, humour dégoupillé : tout est réuni pour que le texte vous explose sous la langue.

prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvantsAnton Tchekov n’a de commun avec le grand écrivain que son patronyme : lui, il arpente la jungle urbaine en loosdé, bardé d’un bagage familial avoisinant le zéro absolu. Mère absente, père inconnu ; il squatte un vieux bac crasseux avec son beau-père-tiers-de-confiance, et vaque à ses aventures de plus en plus ratées, tiré vers le fond par deux amis de plus en plus tarés. Il n’a pas encore quinze ans, mais l’âge, ça ne vaut pas tripette dans le métier de l’échec, d’ailleurs, son anniversaire, il ne l’a jamais fêté. Heureusement pour Anton, quand son braquage tourne mal, il a sa langue fourchue et son enthousiasme brûlant pour lui ; et puis, il y a Dune… Elle l’aidera à traverser les sables mouvants.

C’est infiniment décalé, râpeux. Mais c’est aussi délicieusement drôle et bien écrit. La langue est imagée, colorée, percutante. Extraits :

  • De un,
    Je vérifie la bonne tenue de mon mohawk, prépare mon flingue, m’avance dans son dos, et le lui colle sur la nuque :
    -Laisse cette porte ouverte, petit d’homme. Tu me donnes la caisse et tu te grouilles sinon je te fais un trou dans la tête et on pourra y verser de l’essence.
    Malgré le danger de mort, le type termine de verrouiller consciencieusement les serrures. Enfin, il se retourne et s’émerveille devant ma crête.
    -Salut, Anton, il s’exclama joyeusement, tu as failli me blesser avec ton plumeau sur le crâne. Qu’est-ce que t’as fait à tes cheveux ?
    Soit je le zigouille tout de suite, soit je renonce. Je renonce.
  • De deux,
    Je suis étalé par terre sur le dos comme une pizza baignée de sauce pili-pili dans une pizzeria. Mes fonctions sont en mode veille, mon cœur grésille ; au minimum je vais mourir.
  • De trois,
    Les filles vous mettent des pansements là où vous avez mal, des liquides qui piquent là où ça vous pique. Elles ont des bureaux vernis avec des livres posés dessus et des boîtes complètes de crayons de couleur. Les filles ont des chaussons qui ressemblent à des animaux morts et roses. Quand elles sont grandes, certaines filles, les plus dangereuses, deviennent des psychologues.

Je recommande aux amateurs de romans sociaux qui ne veulent pas se casser les dents sur du déprimant, et ont salement envie de crapahuter avec Anton dans sa jungle bétonnée.

Bonne lecture,

Lupiot

Lupiot Allez Vous Faire Lire

 

 

 

 

Prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvants, d’Hervé Giraud, chez Thierry Magnier, 2015, 128 pages

 

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