En ce 1er mai, fête du travail, premier bilan de mon activité chez Gallimard ! (1er mai)

Allez vous faire lire a 5 mois, et je travaille depuis 2 mois dans la boîte la plus cool du monde (moi, l’esprit d’entreprise ? Pas du tout. Mais alors pas – du tout !), j’ai nommé : Gallimard Jeunesse.

D’ailleurs, hum, contrairement à ce que j’avais annoncé ici, il est très possible que Gallimard soit massivement représenté dans mes chroniques pendant que je suis chez eux*.

dernières chroniques

Mes dernières chroniques d’avril. Sur 7 titres : 5 chez Gallimard Jeunesse, 1 chez Pocket Jeunesse et 1 chez Lumen. (Je fais ce que je peux, mais je me vois constamment offrir des livres par le travail et, ben… je les lis…**) Il faut savoir que mes chroniques sont pourtant le résultat d’une sélection : par mois, je lis habituellement entre 10 et 15 livres pour le plaisir (et en ce moment, presque une trentaine, car j’ajoute ceux pour le travail). Ce qui nous amène à…

Mais qu’est-ce qu’elle fait donc, à part recevoir des cadeaux ?

Votre assistante éditoriale préférée vous dévoile tout !

  • Lecture, fiches de lecture et rédaction d’argumentaires
    • Focus : Ma tâche principale jusqu’ici est la lecture de manuscrits — anglophones et francophones — souvent en urgence. Depuis mon arrivée dans la maison, j’ai lu en moyenne 1 manuscrit par jour, de romans destinés à des publics cadet (7-9 ans), junior (9-12 ans), et ados et jeunes adultes (13 ans et +)). Je suis donc payée à lire. gif what's the catch
    • Ces lectures sont importantes, et mènent en majorité à des fiches de lecture à destination des autres éditeurs de l’équipe, d’autres lecteurs, des directeurs de département, etc., autant de personnes ayant besoin de connaître les atouts et faiblesses du manuscrit, le public visé, le genre et les thèmes évoqués, et le potentiel commercial, mais n’ayant pas le temps de lire chaque manuscrit. (Au moment de la publication cependant, je vous assure que le manuscrit a été lu, non pas par un mais par plusieurs éditeurs, etc.) Ces fiches de lecture leur permettent en outre de prendre une décision éclairée dans l’urgence : achat des droits ou non s’il s’agit d’un manuscrit étranger, retour personnalisé ou publication s’il s’agit d’un manuscrit français. (L’urgence est le plus souvent due à la concurrence : c’était le cas suite à la foire de Bologne, par exemple.)
    • Mais ces lectures ont également pour objet la préparation d’argumentaires de vente, qui servent ensuite pour la présentation des ouvrages aux représentants (qui eux, vendent les titres aux libraires). Dans le cadre de la rédaction des argumentaires, je peux être amenée à chercher une idée de titre, voire d’illustration de couverture, rédiger un résumé, une biographie, une accroche, et surtout trouver des arguments commerciaux.
  • Gestion des manuscrits papier
    • Focus : La « gestion des manuscrits », c’est-à-dire leur tri, est une étape préalable à celle de la lecture. Gallimard Jeunesse reçoit plus de 6000 manuscrits par an, et bien que la majorité soit maintenant soumise sur la plateforme dédiée sur internet, nous continuons d’en recevoir un certain nombre en version papier, ce qui est un peu plus laborieux à gérer. Au stade de la réception, les manuscrits n’attendent pas d’être critiqués, notés, mais  simplement orientés. Je suis chargée de les étudier avec attention et, lorsqu’ils me semblent convenir à la ligne éditoriale de la maison et avoir le potentiel d’être publiés, je les dirige vers les lecteurs professionnels ; dans le cas contraire, je dois faire un retour à l’auteur afin qu’il puisse se tourner vers un autre éditeur. Connaissant très bien la teneur de sa réaction à la lecture de la lettre de refus :gif hg katniss
    • Anecdotes : Lire les manuscrits qui ne sont pas encore passés par le filtre qualitatif des lecteurs pro donne une idée très précise des Lettres du français moyen. Certains des manuscrits sont honnêtement si mauvais qu’à les découvrir, on se demande si c’est une blague. Ce qui fait de la peine, car ces manuscrits illisibles et impubliables sont envoyés avec la candeur de l’enfant qui croit toucher son rêve du doigt et vous envoie le fruit de son dur labeur, persuadé d’être l’auteur de la décennie. Mais quand on lit le récit, il commence par des phrases sans verbe, continue par du plagiat du Petit Prince***, et ligne 15, nous assomme d’un « Je tomba de ma chaise ». Un peu plus loin, on aura une réécriture ratée de Harry Potter, puis le journal intime d’un menhir qui décrit la météo bretonne.gif dr who whoaaf Note : quand on commence à envisager sereinement les menhirs dépressifs sous prétexte qu’ils parlent sans fautes de grammaire, il est l’heure de faire une pause dans la gestion des manuscrits.
  • Presse et traduction
  • Relecture et pointage de corrections
  • Pointage de traceurs et vérification de BAT (Bon à tirer)
  • Participation au comité de lecture, réunions représentants et réunions libraires
  • Logistique variée
  • Imprégnation merveilleuse dans le travail éditorial et dans le monde du livre
    • Focus : Outre mes tâches de la journée et mes lectures du soir, je profite des nombreux avantages que ce milieu offre à une jeune passionnée comme moi. Je reçois régulièrement des livres en cadeaux, je crois que je ne m’en lasserai jamais****. J’ai déjà mentionné la chance que j’ai eu d’aller à l’inauguration de l’exposition Harry Potter, mais je suis également allée à celle du Salon du Livre**** où j’ai croisé foule de gens intéressants (éditeurs, écrivains, dessinateurs… (et plein d’autres stagiaires !)) ; j’ai également pu y retourner sur invitation et me suis fait dédicacer une pile de livres grosse comme ça :

livres dédicacés salon du livrelivres dédicacés salon du livre

Parmi les livres jeunesse :

  1. Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle (chez Gallimard Jeunesse).
  2. Silhouette, de Jean-Claude Mourlevat, qui m’a appris que mon roman préféré de lui, Le combat d’Hiver, est en cours d’adaptation cinématographique (sortie prévue pour 2017).
  3. Et je danse, aussi, de Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux, chez Le Fleuve (un roman adulte à quatre mains, pas encore lu, que j’ai pris sur le coup surtout pour avoir l’occasion de discuter avec Anne-Laure Bondoux de Tant que nous sommes vivants, son superbe roman jeunesse (que par malheur je n’avais pas apporté), mais qui m’a permis de rencontrer côte à côte ces deux auteurs absolument géniaux et adorables)
  4. Miss Charity, de Marie-Aude Murail (chez l’École des Loisirs), auteur de mon enfance dont je ne saurais trop vous recommander Oh Boy !, Ma vie a changé, La fille du docteur Baudoin et bien d’autres encore. Je viendrai vous reparler de Miss Charity (vie romancée de Beatrix Potter, en pleine époque victorienne) lorsque je l’aurai lu.
  5. Les mondes de l’Alliance, de David Moitet (chez Didier Jeunesse), tome 1 d’une trilogie qui m’intrigue depuis quelques temps, et qui a le bénéfice de super illustrations de couverture.
  6. Mimsy Pocket et les enfants sans nom, de Jean-Philippe Arrou-Vignod… mon voisin de bureau ! Là, je triche, ce n’est pas une dédicace du Salon du Livre mais un cadeau de bienvenue que m’a fait le jour de mon arrivé Jean-Philippe Arrou-Vignod, qui n’est pas seulement écrivain mais aussi éditeur chez Gallimard jeunesse, et un chic type.

Ainsi, tous ces petits avantages sont sans compter la fondamentale, qui est que je côtoie quotidiennement une équipe d’éditeurs jeunesse et BD passionnée et amicale qui me fait découvrir le métier de mes rêves, des lecteurs professionnels avec qui je peux partager mes impressions, et des auteurs maison qui passent faire coucou régulièrement. Alors, prise à part, chaque chose peut sembler anecdotique, mais pour moi, c’est magique.disney magic cendrillon

À bientôt pour un focus sur les activités que je n’ai pas détaillées
…et d’autres chroniques !

Lupiot

Lupiot Allez Vous Faire Lire

 

 

 

 


* Ce n’est pas de la mauvaise volonté, mais il se trouve que je suis légèrement entourée de livres Gallimard Jeunesse, et que, quand bien même je garde un rapport de lectures plaisir/travail de 1/3, mes lectures plaisir sont bien souvent piochées chez Gallimard. La diversité de l’édition jeunesse n’est donc pas très bien représentée en ce moment, mea culpa ! 

gif tom hiddleston really sorry** Nan, je sais, elle est pas facile, ma vie…billy ikéa
*** Sérieusement, quitte à plagier, il faut vraiment être à côté de la plaque pour plagier Le Petit Prince. C’est littéralement le livre français le plus connu au monde. Les chances pour que ton éditeur ait déjà mis le nez dedans ? À peu près 288%.
**** Où j’ai retrouvé mon amie Anahita, elle aussi blogueuse et stagiaire en édition jeunesse, chez Actes Sud Junior.
***** Je sais déjà ce que je vais acheter lors de notre prochain passage chez Ikéa. Billy !

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4 réflexions sur “En ce 1er mai, fête du travail, premier bilan de mon activité chez Gallimard ! (1er mai)

  1. Dis donc, ça fait drôlement envie ce boulot!!
    Ta chronique, mis à part le côté profusion de lectures cadeaux, m’a d’autant plus intéressée que je suis en train de me lancer dans l’écriture jeunesse, ça me donne un bon aperçu de l’autre versant.
    Mais une question, as-tu encore le temps de lire des livres que tu as choisi toi-même?
    (je dis ça parce que parfois, avec toutes les masse critiques dont les privilégiés j’ai parfois l’impression de bosser pour babelio 😉

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    • T’as vu T’as vu (oui ça fait envie *_* je me fais autoenvie, c’est un peu le rêve professionnel en ce moment). C’est un superbe projet de se lancer dans l’écriture jeunesse. Je travaille dessus moi aussi. (Si tu envoies un jour un premier manuscrit, ne sois pas déçue de recevoir un refus, et surtout si tu reçois un refus dit « personnalisé », càd dans lequel le comité de lecture t’explique ce qui fonctionne et ne fonctionne pas dans ton récit, sois immensément flattée / encouragée car cela signifiera que ton texte a passé la première barrière de sélection et a été envoyé aux lecteurs professionnels, qui sont donc, probablement, plusieurs à l’avoir lu, et a avoir hésité sur le choix de le retenir ou non. Fin de la parenthèse)
      Sur mes lectures : je lis, habituellement (avant le stage) entre 10 et 15 livres par mois. C’est déjà beaucoup. Mais depuis le début du stage, je lis toujours cette même quantité… pour moi (donc oui, mes choix). J’y ai simplement (coff coff) ajouté les 15 à 20 livres que je lis pour le travail.
      Comme je te comprends, pour Babelio 😀 D’ailleurs, j’ai un peu laissé traîné ma dernière chronique…. J’y vais de ce pas.

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  2. Tout ça fait plutôt très très envie ma foi! Merci pour cet éclairage sur le métier, on ne se représente pas toujours exactement en quoi ça consiste!
    Je viens de découvrir ce blog, et je dois dire que pour l’instant je prends grand plaisir à te lire (bon ok le sujet de base m’intéresse aussi et on a visiblement de nombreuses lectures en commun, mais la manière de présenter les chroniques, ça compte aussi!) Sur ce blabla inutile, bonne continuation à toi, et au plaisir de te lire! 🙂

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    • Heureuse de t’avoir donné envie, oui c’est un métier génial. Enfin, pour moi, ce n’est que du bonheur, même si comme tous les métiers du monde, celui d’éditeur compte moult tâches fastidieuses ou frustrantes. Je reviendrai à l’occasion pour éclairer deux trois autres points !
      ET CONTENTE QUE LE BLOG TE PLAISE
      Quoi, non, je crie pas. J’écris en majuscules, c’est toi qui crie dans ta tête.
      Au plaisir également 🙂

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