Le regard des princes à minuit, d’Érik L’Homme (2014)

Je me dis que, juste après Silhouette, c’est l’occasion d’explorer un autre format court.

le regard des princes à minuitJe n’ai pas su résister à la poésie se dégageant de cette couverture. Un titre étonnant de fraîcheur, à vous plonger dans un conte des mille et une nuits, et avec ça, un visuel de constellations à l’esthétique doucement hipster : je l’admets, j’ai été vaincue. Encouragée par une quatrième de couverture plutôt originale et intrigante, j’ai décrété que c’était le jour de donner une nouvelle chance à Érik L’Homme*.

Le regard des princes à minuit se situe à mi-chemin entre un recueil de nouvelles et un guide initiatique. Un guide initiatique écrit à l’intention des allumés nostalgiques, des rêveurs révolutionnaires, des poètes timides, des enfants trop grandis. Erik L’Homme part des épreuves périlleuses imposées aux aspirants chevaliers, dits bacheliers, au XIIe siècle, et de chacune d’entre elle tire une épreuve parallèle imposée à un bachelier d’aujourd’hui qui serait plongé, bien malgré lui, dans une société secrète de chevalerie moderne. Chaque nouvelle voit se rencontrer deux ou trois personnages qui se retrouvent en un lieu chargé de magie et de mystère, ou bien jouent les trublions anarchistes en sabotant une antenne satellite, ou encore rêvent aux yeux d’une jolie fille en dansant sous les étoiles. Ce faisant, les personnages échangent sur les valeurs anciennes et modernes, sur ce qu’il advient de nous dans un monde faux, et combien il nous appartient de sauver la vérité nue.

L’aspect didactique est très gênant. On lit des dialogues surréalistes, où les leçons philosophiques de l’auteur se cognent dans ses mots avec de gros sabots. C’est parfois joli, souvent intelligent, mais alors, qu’est-ce que c’est lourd !

-Et, pour en revenir à notre conversation du début, quand on parlait de ma vie ?

-Tu as senti en toi, avec sincérité et justesse, qu’il était vain de vivre pour vivre. La vie ne vaut qu’à condition de lui donner une forme et de la dédier à un but placé au-delà de soi ; sais-tu pourquoi ?

-Pour l’intensité ? C’est ce que tu répètes tout le temps.

-C’est effectivement une question d’épaisseur de vie. Comme l’a dit un philosophe** mieux que je ne saurais le faire : « L’essence de l’homme est dans son existence. » Ce qui compte n’est sans doute pas la vie elle-même, mais bien ce qu’on fait d’elle.

C’est si artificiel… (Et quels adolescents s’expriment ainsi ?) Et pourtant ! C’est parfois joli… Et l’idée de sertir la noblesse chevaleresque dans le cœur des adolescents modernes est oui, vraiment poétique. Heureusement.

Le livre est fidèle à sa couverture, ainsi, on ne m’a pas menti. C’est un voyage sous les étoiles. Mais je resterai sur ma première impression maintenant confirmée, d’Erik L’Homme : il manie bien les mots et aime tendre aux rêveurs une main amicale… mais Subtil n’est pas son deuxième prénom.

Bonne lecture,

Lupiot

Lupiot Allez Vous Faire Lire

 

 

 

 

Le regard des princes à minuit, d4erik L’Homme, chez Gallimard, 2014, 139 pages


* J’évoquais déjà dans cet article (en note de bas de page) mon sentiment mitigé sur Le Livre des Étoiles.
** Sartre.

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